Cent jours après sa déclaration officielle, l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo est devenue la plus importante et la plus meurtrière de l’histoire du pays. Dans un café de presse ce vendredi à Bunia, Médecins Sans Frontières (MSF) alerte sur une propagation plus rapide que la riposte.
Selon les données des autorités sanitaires nationales au 18 août 2026, le bilan s’élève à 5 208 cas confirmés et 2 476 décès, pour 1 115 personnes guéries. Six provinces sont en transmission active et 56 zones de santé touchées, avec une létalité moyenne de 47,5 %. L’Ituri reste l’épicentre avec 84 % des cas et 79 % des décès.
Ces derniers jours, une personne meurt d’Ebola toutes les 30 minutes.
Le fait le plus inquiétant est que près de 62 % des décès surviennent en dehors des Centres de Traitement Ebola (CTE).
De nombreuses personnes meurent à domicile ou au sein de leur communauté sans avoir bénéficié de soins spécialisés, ce qui augmente le risque de transmission avant même la détection des cas.
« Cette épidémie continue de se propager à un rythme que la réponse ne parvient pas à suivre », déclare le Dr Javid Abdelmoneim, président international de MSF.
« Les centres de traitement restent essentiels pour sauver des vies, mais cette réponse nécessite bien plus que des lits supplémentaires.
Il est essentiel que la réponse soit élaborée avec les communautés et non sans qu’elles y participent. »
Présente en Ituri, au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, en Tshopo et au Haut-Uélé, MSF gère six CTE et plusieurs unités d’isolement, soit plus de 400 lits, ce qui représente un tiers de la capacité totale de la riposte. L’organisation a mobilisé plus de 1 400 membres de son personnel et admis plus de 2 000 patients, dont plus de 800 cas confirmés.

Pour MSF, la réponse doit évoluer et s’ancrer dans les communautés. Dans le camp de déplacés de Rho, près de Drodro, qui accueille près de 50 000 personnes, l’organisation travaille avec des responsables communautaires pour encourager le dépistage précoce et le recours rapide aux soins.
« Il y a un besoin urgent de professionnels de santé formés à la prise en charge d’Ebola, non seulement au sein des centres de traitement, mais aussi directement au sein des communautés touchées », ajoute Trish Newport, responsable du programme d’urgence de MSF en Ituri.
Un appel rejoint par les survivants. Emery Guba Mateso, originaire du camp de Rho, qui a perdu son fils et a lui-même survécu à la maladie, témoigne : « Dès l’apparition des premiers symptômes, il est important de chercher rapidement des soins médicaux, car un accès précoce à un traitement adapté augmente les chances de guérison. »
MSF appelle désormais à une réponse plus rapide, plus flexible et mieux coordonnée, capable d’atteindre rapidement les nouveaux foyers, tout en rappelant que la riposte contre Ebola ne doit pas se faire au détriment des autres services de santé essentiels, comme les soins maternels, la vaccination ou le traitement du paludisme.







