Africa CDC appelle à un déploiement élargi du vaccin Ervebo contre l’épidémie de maladie à virus Ebola de souche Bundibugyo en République démocratique du Congo (RDC), malgré l’absence, à ce stade, de preuves cliniques établissant formellement son efficacité contre cette souche.
Homologué contre la souche Zaïre, Ervebo constitue, selon Africa CDC, « la seule stratégie vaccinale actuellement disponible » face à l’épidémie de Bundibugyo.
L’organisation estime qu’une protection croisée est biologiquement plausible, mais souligne qu’elle n’a pas encore été démontrée par des essais cliniques.
Africa CDC s’appuie notamment sur des études menées sur des primates, des données d’immunogénicité humaine et animale ainsi que sur des observations de terrain réalisées notamment à Mongbwalu et Bunia.
Ces éléments suggèrent une possible protection contre les formes graves de la maladie, sans permettre encore de mesurer précisément l’efficacité du vaccin.
Dans l’attente de données cliniques plus robustes, l’organisation recommande un déploiement « immédiat et à grande échelle » dans le cadre d’une utilisation compassionnelle.
Les contacts de cas confirmés, les personnels de santé et les équipes de première ligne figurent parmi les groupes prioritaires, avec une extension progressive en fonction des données recueillies sur l’innocuité et l’efficacité du vaccin.
La RDC doit soumettre mercredi sa demande officielle au Groupe international de coordination pour l’approvisionnement en vaccins.
Un appui financier de Gavi pouvant atteindre 50 millions de dollars est également annoncé pour soutenir la réponse.
« Le risque doit être pris au sérieux », selon Africa CDC
Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, a estimé que le risque d’une aggravation de l’épidémie devait être pris au sérieux, tout en appelant à éviter les scénarios alarmistes.
« Cette épidémie est déjà la plus importante jamais enregistrée en RDC en nombre de cas confirmés et la deuxième plus importante au monde », a-t-il déclaré.
Selon lui, si la tendance actuelle n’est pas rapidement inversée, l’épidémie pourrait dépasser celle de 2018-2020 en nombre de décès en RDC.
« Nous n’en sommes pas là, et notre rôle est précisément d’empêcher que ce scénario se réalise », a ajouté M. Kaseya, rappelant que l’épidémie d’Afrique de l’Ouest de 2014-2016 avait causé plus de 11 000 décès.
Jean Kaseya a également reconnu des difficultés dans le dispositif de riposte, notamment dans la détection précoce des cas et le suivi des contacts.
« Ce n’est pas un seul élément qui ne fonctionne pas, mais l’ensemble de la chaîne entre l’alerte communautaire et l’intervention », a-t-il expliqué.
Il a également évoqué des problèmes de transport, de communication et d’accès sécurisé, ainsi que les retards de paiement des intervenants et une implication encore insuffisante des communautés.
« Lorsque 60 % à 70 % des nouveaux cas apparaissent en dehors des listes de contacts, le système ne prévient pas la transmission : il la découvre après qu’elle a déjà eu lieu », a-t-il averti.
Le responsable d’Africa CDC s’est par ailleurs refusé à annoncer une date pour le pic de l’épidémie.
Il estime que plusieurs indicateurs devront être réunis avant de pouvoir parler d’un retournement durable de la tendance.
« Nous pourrons parler d’un pic approchant lorsque l’incidence diminuera pendant plusieurs semaines consécutives », a-t-il déclaré.
« Nous ne réunissons pas encore toutes ces conditions », a-t-il ajouté.
Jean Kaseya estime enfin que les données disponibles ne reflètent probablement pas l’intégralité de la circulation du virus.
« Je confirme que les chiffres officiels constituent probablement un minimum et non une mesure exhaustive de la transmission », a-t-il affirmé.
Il a toutefois refusé d’avancer une estimation précise de la sous-détection.
« Je ne peux pas confirmer scientifiquement aujourd’hui que le nombre réel est précisément deux, trois ou quatre fois supérieur », a-t-il précisé.
L’épidémie de Bundibugyo, qui touche plusieurs provinces de l’est de la RDC, mobilise actuellement les autorités sanitaires congolaises et leurs partenaires internationaux.
Le déploiement éventuel d’Ervebo doit permettre de renforcer l’arsenal de riposte alors que les autorités cherchent à interrompre les chaînes de transmission.

