La tension politique monte d’un cran en République démocratique du Congo alors que la coalition de l’opposition C64 appelle les habitants de Kinshasa à observer une journée « ville morte » le mercredi 3 juin. Cette initiative vise à protester contre ce que ses leaders décrivent comme une « dérive institutionnelle » et une tentative de remise en cause des limites constitutionnelles du pouvoir présidentiel, notamment la règle des deux mandats.
Dans sa communication, la coalition regroupant plusieurs figures majeures de l’opposition, dont Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Jean-Marc Kabund et Delly Sesanga, affirme vouloir « signifier clairement le rejet total de tout projet de troisième mandat », qu’elle considère comme une menace pour la cohésion nationale et l’intégrité territoriale de la République démocratique du Congo.
La rhétorique employée par certains cadres de l’opposition se durcit. Delly Sesanga a notamment accusé le chef de l’État d’avoir « basculé dans une logique de rupture constitutionnelle », estimant que la poursuite d’un éventuel changement des règles fondamentales équivaudrait à une remise en cause de l’ordre républicain.
« Nous allons affronter ce pouvoir à mains nues, pour le plaquer au sol parce que nul ne peut exercer plus de deux mandats comme président de la République en RDC», a déclaré l’opposant Delly Sesanga.
Des propos particulièrement fermes ont accompagné cet appel à mobilisation, illustrant une polarisation politique croissante.
Au centre de ces tensions, le président de la République Félix Tshisekedi est visé par des accusations de vouloir ouvrir la voie à une réforme institutionnelle susceptible de prolonger son maintien au pouvoir, ce que ses opposants assimilent à une violation de la Constitution.
« Pourquoi Félix Tshisekedi n’a pas laissé Kabila demander à la population s’il pouvait, lui aussi, faire un 3e mandat ? … », s’interroge MartinFayulu face à l’argumentaire avancé récemment par Félix Tshisekedi selon lequel si le peuple lui accordait un mandat supplémentaire, il accepterait.
Cette montée de tension intervient dans un climat déjà marqué par des crispations au sein de l’Assemblée nationale.
Le groupe parlementaire « Ensemble », proche de Moïse Katumbi, a annoncé son boycott de l’examen de la proposition de loi relative à l’organisation du référendum, dénonçant un « forcing politique » de la majorité.
Cette proposition, portée par le député Paul Gaspard Ngondankoy, encadre les modalités de recours au référendum et accorde un rôle central au président de la République dans son déclenchement.
Le président de la chambre basse, Aimé Boji, a balayé ces critiques, affirmant que le processus législatif se poursuivra « avec ou sans l’opposition », une déclaration qui accentue davantage la fracture institutionnelle.
La proposition de loi sur l’organisation du référendum en RDC, initiée par le député Paul Gaspard Ngondankoy a été déclarée recevable avec amendements par la commission PAJ de l’Assemblée nationale.
Le texte lui attribue exclusivement le pouvoir de convoquer le référendum par ordonnance et, en cas de crise institutionnelle, d’initier la création d’une commission de réflexion chargée d’identifier les dispositions constitutionnelles à réviser, avant de proposer lui-même les changements après consultation des institutions. Le projet prévoit ensuite une validation par le Parlement réuni en Congrès constituant, statuant à la majorité des trois cinquièmes, puis une adoption définitive conditionnée par un référendum populaire, le rejet populaire maintenant la Constitution en vigueur.
Les leaders d’opposition accusent le président Félix Tshisekedi de « rébellion contre la Constitution ». Ils estiment que le projet de loi sur le référendum constitutionnel vise à lui octroyer un troisième mandat.

