À peine trois jours après sa révocation du poste de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko opère un retour politique spectaculaire au sommet de l’institution parlementaire. Ce 26 mai 2026, il a été élu président de l’Assemblée nationale avec une large majorité de 132 voix sur 165, un résultat largement anticipé dans un hémicycle dominé par son parti, le Pastef, qui y contrôle 130 sièges.
Réintégré dans la même journée comme député, une procédure vivement contestée par une partie de l’opposition, qui dénonce une violation du règlement intérieur, l’ancien chef du gouvernement retrouve immédiatement un rôle central dans l’architecture du pouvoir sénégalais. Son retour éclair illustre une recomposition politique rapide, où les équilibres institutionnels semblent redessinés au rythme des décisions exécutives.
Dès son installation au perchoir, Ousmane Sonko a donné le ton. Sans ambiguïté, il a affirmé sa volonté de transformer l’Assemblée nationale en un véritable levier de contrôle politique, déclarant qu’elle usera « de manière ferme mais responsable de tous les leviers de pouvoir ». Une posture qui rompt avec toute idée de chambre d’enregistrement et annonce une législature potentiellement plus conflictuelle avec l’exécutif.
Dans un signal politique fort, Sonko a également pris ses distances avec le nouveau Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô, nommé la veille par le président Faye, évoquant des divergences sur des questions sensibles, notamment la politique monétaire et la gestion de la dette. Il a insisté sur une ligne d’autonomie politique assumée : « On ne peut pas faire du Pastef sans Pastef ».
Dans un registre plus apaisé, le président de l’Assemblée a toutefois salué la nomination du nouveau chef du gouvernement et exprimé sa disponibilité pour des discussions visant une gouvernance « apaisée ».
Il a également assuré qu’il n’utiliserait pas l’institution parlementaire à des fins de règlements de comptes politiques, affirmant : « Je n’utiliserai pas cette Assemblée pour servir des vendettas personnelles mais je le dis avec clarté, l’Assemblée nationale ne sera pas une chambre d’enregistrement. Elle usera de tous les leviers de contre-pouvoir constitués. »
Le 22 mai 2026, le président Bassirou Diomaye Faye a mis fin aux fonctions d’Ousmane Sonko en tant que Premier ministre, poste qu’il occupait depuis le 2 avril 2024. Cette rupture brutale découle de divergences profondes sur la gestion de la dette publique et la stratégie économique avec le FMI.
Le 25 mai, Ahmadou Al Aminou Lô a été nommé pour lui succéder à la tête du gouvernement. La recomposition institutionnelle s’est ensuite accélérée à l’Assemblée nationale, où, après la démission stratégique de son fidèle allié El Malick Ndiaye, les députés ont réintégré Ousmane Sonko avant de l’élire immédiatement à la présidence de l’institution.

