La défense du lieutenant-général Yav Irung Philémon, ancien commandant de la Troisième Zone de défense des Forces armées de la RDC, a déposé mardi 6 janvier 2026 devant la Haute Cour Militaire un mémoire unique soulevant une série d’exceptions de procédure et demandant sa mise en liberté.
Au cours de cette audience consacrée à l’examen des moyens préliminaires, les avocats du prévenu ont notamment invoqué l’incompétence de la Cour, l’omission d’informer le Commandant suprême de son arrestation, ainsi que la nullité des poursuites engagées sans autorisation préalable du Président de la République.
Ils ont également dénoncé le caractère arbitraire de l’arrestation, une atteinte à la dignité humaine et au droit à la santé, et surtout le dépassement du délai légal de 12 mois de détention préventive sans prorogation.
« Nous demandons la mainlevée de la détention, la mise en liberté provisoire pour raisons médicales et l’écartement des procès-verbaux dressés par la commission spéciale », a indiqué la défense, selon un compte-rendu officiel du service de communication de la Haute Cour Militaire.
Présent à l’audience, l’Auditeur général des FARDC, représentant le ministère public, a balayé l’ensemble de ces moyens.
Il a affirmé la compétence personnelle de la Haute Cour Militaire pour juger un officier de ce grade et rappelé que les autorités hiérarchiques avaient été régulièrement informées.
« Le Chef d’État-Major Général a été informé officiellement dès septembre 2022 », a soutenu l’organe des poursuites, précisant en outre que le prévenu « n’a pas été détenu irrégulièrement au-delà de 12 mois ».
Le ministère public a expliqué le retard pris dans l’ouverture du procès par la nécessité, selon lui, de compléter le siège judiciaire avec des juges disposant d’un grade adéquat.

À l’issue de son réquisitoire, l’Auditeur général a demandé « le rejet de tous les moyens de la défense ».
Après avoir entendu les deux parties, la Haute Cour Militaire a annoncé qu’elle rendra son arrêt avant dire droit sur ces exceptions le 20 janvier 2026.
La même audience a également été dominée par l’identification du second prévenu, Tshiboko Shauri Issa, chauffeur originaire de Bukavu.
Selon les déclarations recueillies par la Cour, celui-ci aurait reconnu avoir, en 2021, transporté des armes et munitions au profit du groupe armé Twigwaneho dirigé par Makanika à Minembwe, affirmant avoir agi « sur ordre du général Yav ».
Le ministère public l’accuse en outre d’avoir participé à des réunions à bord du bateau “Emmanuel Kat” dans le but présumé de « balkaniser la RDC » et de faciliter l’exportation illicite de minerais vers le Rwanda via la frontière de Ruzizi 2.
Ces nouvelles allégations ont été versées au dossier par l’organe des poursuites, qui estime disposer d’éléments suffisants pour établir la responsabilité des prévenus.
L’affaire du général Yav Irung Philémon, arrêté depuis plusieurs années, demeure l’un des procès les plus suivis au sein de la justice militaire congolaise. Elle soulève des questions sensibles liées à la procédure, aux droits de la défense et à la lutte contre l’insécurité dans l’est du pays.
La Cour prononcera son arrêt définitif sur les exceptions le 20 janvier 2026, ouvrant ainsi la voie ou non à la poursuite du procès sur le fond.
Le rendez-vous du 20 janvier s’annonce déterminant pour l’avenir judiciaire de l’ancien haut responsable militaire.

