Des acteurs environnementaux de la République démocratique du Congo ont appelé le gouvernement à organiser un « Dialogue vert » consacré à l’adaptation des politiques de conservation au changement climatique, au développement durable et à la lutte contre la pauvreté, notamment autour du Parc national des Virunga (PNVi), dans l’est du pays.
Dans une lettre ouverte adressée le 18 août à la Première ministre Judith Suminwa, l’avocat et écologiste Prince Kihangi Kyamwami, coordonnateur national et directeur de publication du magazine Forêts du Kivu, estime qu’une concertation entre les autorités, les gestionnaires des aires protégées, les populations riveraines et la société civile est devenue nécessaire pour réduire les conflits liés à la conservation.
« Nous saisissons cette occasion pour soumettre à l’appréciation de votre autorité la proposition de convocation d’un DIALOGUE VERT réunissant les parties prenantes, étatiques et non étatiques », écrit-il, afin notamment de « minimiser les menaces d’envahissement des aires protégées et de réduire les conflits devenus récurrents » autour de ces espaces.
Selon Prince Kihangi, ce dialogue permettrait de réaliser un diagnostic général de la conservation et de la protection des forêts en RDC, en identifiant « les forces et faiblesses, les lacunes et succès, les contraintes et les opportunités à capitaliser ».
Il souhaite également que cette concertation permette de nouveaux partenariats entre les gestionnaires des aires protégées, les communautés riveraines et les organisations de la société civile.
« Le résultat attendu de ce Dialogue vert est la promotion d’une conservation basée sur une concertation inclusive, axée sur le dialogue permanent et qui promeut un équilibre entre les considérations sociales, économiques, culturelles et écologiques », précise-t-il.
Sur le plan écologique, Prince Kihangi estime également qu’une évaluation de certaines zones situées à l’intérieur des limites du PNVi est nécessaire.
« Un siècle après la création du Parc national des Virunga, on se rend compte que certains espaces trouvés dans les limites du Parc ne répondent plus au besoin écologique », écrit-il, estimant que certaines zones seraient devenues « pauvres et sans aucune valeur écologique » pour la conservation.
Il appelle ainsi à une décision qu’il qualifie de « courageuse et adaptée à cette réalité », tout en précisant qu’elle devrait être prise « dans le respect de la superficie légale du PNVi ».
L’auteur de la lettre lie enfin directement la protection des forêts à l’amélioration des conditions de vie des populations locales et des peuples autochtones pygmées.
« La conservation devait concourir au développement de ces communautés locales et peuples autochtones pygmées reconnus comme des acteurs majeurs et incontournables de la conservation », affirme-t-il, mettant en avant leurs savoirs traditionnels et leur contribution à la protection des forêts.
Selon lui, l’absence d’alternatives économiques peut pousser certaines communautés à exploiter les ressources des aires protégées.
« Lorsque la communauté ne trouve pas d’alternative de développement après s’être privée de tout avantage que lui procurerait l’exploitation des forêts, elle s’abat, malgré elle, aux écosystèmes et aux aires protégées », écrit-il, faisant de la pauvreté « l’un des motifs privilégiés » des menaces d’envahissement des écosystèmes forestiers du PNVi.
La lettre appelle ainsi les autorités à agir « en amont » afin de prévenir les conflits entre gestionnaires des aires protégées et populations riveraines et de concilier conservation, lutte contre le changement climatique et développement local.


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