En ville de Beni, chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, les autorités ont imposé des mesures barrières pour freiner la propagation de l’épidémie d’Ebola. Dans les transports, ces mesures ont un coût : moins de passagers à bord et des tarifs qui explosent sur l’axe Beni–Butembo–Kasindi–Oïcha. Un dilemme entre santé publique et survie économique.
Ce lundi 16 juin, sur les parkings de Beni, les véhicules ne sont plus pleins. La règle est claire : 4 passagers maximum par voiture au lieu de 6.
« Actuellement, nous transportons 4 passagers alors qu’avant c’était 6 personnes. Une personne payait 10 dollars ; aujourd’hui l’État nous impose 4 passagers suite à la situation sanitaire liée à l’épidémie d’Ebola. Nous transportons 4 personnes à 15 dollars chacun », explique Jonas Kasereka, chauffeur sur l’axe Beni–Kasindi.
La facture de transport a grimpé. Selon le tarif du Bureau urbain de l’Économie nationale, daté du 26/05/2026, le prix officiel est fixé à 27 000 FC sur Beni–Butembo et 36 000 FC sur Beni–Kasindi. Sur le terrain, certains chauffeurs parlent déjà de 15 dollars.
Frontière fermée, clients en moins
Le coup est double pour les transporteurs. La fermeture de la frontière ougandaise a tari la clientèle des commerçants transfrontaliers.
« Il n’y a plus de clientèle. Il n’y a plus de passagers car le gouvernement ougandais a aussi fermé la frontière, alors que la plupart de nos passagers sont des commerçants qui traversent nos frontières. Voilà pourquoi aujourd’hui on n’a plus de passagers », regrette Jonas Kasereka.
Certains passent jusqu’à quatre jours au parking sans voyager.
« En réalité, la vie des chauffeurs a largement baissé. La vie est très difficile car nous vivons au taux du jour pour nourrir nos enfants. Mais aujourd’hui, nous passons la journée au parking sans rien. Les passagers ont du mal à comprendre le prix de 15 dollars, alors qu’ils étaient habitués à 10 dollars », confie-t-il.
Du côté des usagers, la situation est tout aussi tendue. Kahindo Luhembo Justine, vendeuse de pommades traditionnelles à Beni–Lubiriha et mère de six enfants, ne peut plus travailler.
« Je n’arrive plus à faire mon travail, à amener les pommades à Lubiriha, car le prix du transport a fortement augmenté. On allait à deux sur une même chaise en payant 12 000 FC, mais aujourd’hui ce n’est plus accepté. Au retour, on payait encore 10 000 FC, c’était abordable. Mais aujourd’hui, nous n’arrivons plus à payer 10 ou 15 dollars seule. Je suis stressée… »
Même galère sur l’axe Beni–Oïcha pour les motos-taxis. Le tarif est passé de 5 000 à 14 000 francs pour un seul passager, affirme Michel Nguvi, chef du parking Lela Beni–Oïcha.
« Avant, on faisait payer 5 000 FC, mais aujourd’hui c’est 14 000 FC pour un seul passager. »
Les conducteurs dénoncent aussi l’absence d’appui des autorités pour les kits d’hygiène dans les parkings. Lavabos et désinfectants restent à leur charge.
« Nous n’avons reçu aucune aide. C’est chacun qui achète son désinfectant pour son véhicule. Ni l’État ni les ONG ne nous ont appuyés », dénonce Jonas Kasereka.
Michel Nguvi lance un appel :
« Nous avons besoin de lavabos et de désinfectant ici pour que nos clients se lavent les mains, afin de lutter contre cette maladie. »
Protéger contre Ebola a un coût pour les populations de Beni–Butembo–Kasindi–Oïcha. L’enjeu est de tenir sans s’appauvrir. Le Bureau urbain de l’Économie nationale fixe officiellement les tarifs à 27 000 FC sur Beni–Butembo, 36 000 FC sur Beni–Kasindi, 7 500 FC sur Beni–Mangina et 7 000 FC sur Beni–Oïcha. Mais sur le terrain, la réalité est tout autre.

