L’opposant congolais Seth Kikuni a lancé, lundi soir, l’une de ses offensives politiques les plus virulentes contre le président Félix Tshisekedi lors d’un Live Space animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala. En exil et considéré comme proche de l’ancien chef de l’État Joseph Kabila, il a multiplié les accusations contre le pouvoir, abordant tour à tour la crise sécuritaire dans l’Est, les relations avec le Rwanda, la question de l’AFC/M23, la gouvernance politique et la gestion de l’épidémie d’Ebola.
Interrogé sur son passé d’opposant à Joseph Kabila, Seth Kikuni a relativisé toute responsabilité dans les années précédentes en affirmant qu’il poursuivait alors ses études et n’était pas engagé dans la vie politique. « J’ai commencé la politique en 2018 », a-t-il déclaré.
L’essentiel de ses attaques a toutefois visé le président Félix Tshisekedi, qu’il accuse d’être à l’origine de la dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon lui, le chef de l’État doit rendre des comptes sur la résurgence du mouvement AFC/M23 et sur les choix politiques opérés depuis son arrivée au pouvoir.
Seth Kikuni a notamment remis en cause les décisions prises à l’égard des anciens combattants du M23. « Qui les a libérés par ordonnance présidentielle ? Est-ce que c’est monsieur Kabila ou est-ce monsieur Tshisekedi ? Le M23 était cantonné en Ouganda, qui les a logés pendant quatorze mois à Kinshasa ? Est-ce monsieur Kabila ou est-ce monsieur Tshisekedi ? »
Pour l’opposant, ces décisions relèvent directement du pouvoir actuel et non de l’ancien régime de Joseph Kabila.
Dans une charge particulièrement sévère, il a soutenu que Félix Tshisekedi avait, dès son accession à la présidence, cherché à neutraliser politiquement son prédécesseur en nouant des alliances avec ceux qu’il considérait comme des adversaires de Kabila. Il a notamment cité les relations avec le M23, estimant que ces choix ont contribué à la crise actuelle.
« C’est Tshisekedi qui a créé tout ce chaos, moi, je ne suis pas Rwandais pour aller poser des questions à Paul Kagame », a-t-il affirmé, rejetant les critiques adressées à l’opposition sur son silence supposé à l’égard du Rwanda.
Selon lui, la responsabilité première incombe au président congolais, seul habilité à expliquer comment la situation sécuritaire s’est détériorée à ce point.
L’opposant a également adopté une position claire sur l’AFC/M23. Contestant la qualification de mouvement terroriste, il a estimé que ce mouvement devait être considéré comme une opposition armée.
« L’AFC/M23 n’est pas un mouvement terroriste. Un mouvement terroriste n’occupe pas de territoires, ne combat pas l’armée régulière pendant des années et ne négocie pas avec le gouvernement. L’AFC/M23 est une opposition armée. »
Sur le plan politique, Seth Kikuni a durci encore davantage son discours en qualifiant Félix Tshisekedi de « tyran », de « président faible » vivant, selon lui, dans « une peur constante ».
Il a appelé à l’unité de l’opposition pour mettre fin à ce qu’il décrit comme une dérive autoritaire du régime, affirmant que la plateforme « Sauvons la RDC » a pour objectif de provoquer une alternance politique et de chasser l’actuel président du pouvoir.
L’ancien candidat à la présidentielle a également révélé avoir récemment eu un long échange avec Joseph Kabila. D’après lui, l’ancien président lui aurait confié avoir été soulagé de transmettre le pouvoir à Félix Tshisekedi en 2019, livrant ainsi une version des faits qu’il présente comme peu connue du grand public.
Au-delà des questions sécuritaires et politiques, Seth Kikuni a accusé le chef de l’État de négliger la crise sanitaire liée à la résurgence d’Ebola. « Tshisekedi fait la fête pendant qu’Ebola tue », a-t-il lancé, dénonçant ce qu’il considère comme un manque de priorité accordée à la riposte contre l’épidémie qui touche plusieurs zones de l’est du pays.
Ces déclarations interviennent dans un contexte de fortes tensions politiques et sécuritaires en République démocratique du Congo, marqué par la montée des critiques de l’opposition contre la gouvernance du président Félix Tshisekedi et la persistance de l’insécurité dans l’est du pays.

