Le Consortium international pour les droits humains au Congo (CIDHC) a rendu public jeudi 1er octobre 2026, à Goma, un rapport documentant 986 incidents de violations des droits humains commis entre janvier 2020 et juin 2026 en République démocratique du Congo (RDC), principalement au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, mais également en Ituri, au Maniema, au Kwango et à Kinshasa.
Présenté devant la presse, ce rapport s’appuie sur une approche qualitative et quantitative et repose notamment sur 287 entretiens menés auprès de victimes, témoins, familles de victimes, responsables communautaires, acteurs humanitaires et autorités locales.
Les auteurs indiquent avoir exploité des documents officiels, des rapports des Nations unies, des publications spécialisées ainsi que des photographies, vidéos et documents médicaux.
« Lorsque cela était possible, les informations relatives à chaque incident ont été recoupées avec au moins deux sources indépendantes », précisent les auteurs du rapport.
Les violences sexuelles figurent parmi les principaux constats de l’étude. Dans le Nord-Kivu, le rapport fait état de 14 830 cas rapportés en 2021, contre plus de 75 991 en 2025, tandis que 21 275 cas ont été enregistrés durant les cinq premiers mois de 2026.

Au Sud-Kivu, l’étude recense 13 252 cas en 2024, 17 599 en 2025 et 10 009 entre janvier et mai 2026. Plus de 500 cas de violences sexuelles auraient également été commis dans des camps de déplacés entre 2023 et le début de 2026, selon le rapport.
Le rapport documente également plusieurs attaques contre des civils en Ituri, attribuées selon les cas à différents groupes armés. Il cite notamment des attaques à Plaine Savo en février 2022, au camp Blackett en mai de la même année et sur le site de Lala en juin 2024.
Il mentionne également des attaques attribuées aux ADF à Bafwakoa en avril 2026 et à Babesua en mars 2026.
« Les populations civiles restent également exposées à des violences graves », soulignent les auteurs, qui citent notamment les massacres, déplacements forcés, violences sexuelles, enlèvements et destructions de biens.
L’étude fait par ailleurs état de violences visant certaines communautés sur des bases ethniques ou communautaires, notamment au Nord-Kivu, au Sud-Kivu et en Ituri.
Les auteurs évoquent notamment des attaques contre des populations tutsi et hema et décrivent des « schémas récurrents de ciblage communautaire ».
Au-delà des zones directement affectées par les combats, le rapport revient également sur le rétrécissement de l’espace civique et démocratique. Il cite notamment les violences enregistrées lors de la tentative d’évasion à la prison de Makala en septembre 2024, ainsi que des faits liés aux manifestations du 12 juin 2026 et à des responsables de l’opposition.
« Au-delà du conflit armé, l’étude relève également un rétrécissement de l’espace civique et démocratique », écrivent les auteurs, qui évoquent les difficultés rencontrées par les victimes, défenseurs des droits humains, journalistes et organisations de la société civile dans leur quête de justice.
La question de l’impunité constitue enfin l’un des principaux axes du rapport.
Sur les 986 incidents recensés, moins de 2 % auraient, selon les données disponibles, fait l’objet de procédures judiciaires. Les auteurs citent notamment la peur des représailles, les difficultés d’accès à la justice, l’insuffisance de la protection des victimes et des témoins ainsi que les risques d’interférences.
Le rapport estime que certains faits documentés pourraient, sous réserve de l’établissement des éléments constitutifs requis par le droit international, relever de crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité.
Il évoque également la possibilité d’une qualification de génocide pour certains actes visant des groupes en raison de leur appartenance ethnique, tout en précisant que cette qualification nécessite notamment l’établissement de l’intention spécifique exigée par le droit international.
Le CIDHC appelle ainsi au renforcement des enquêtes indépendantes, à la protection des victimes et des témoins, à la conservation des preuves et au renforcement des mécanismes judiciaires afin de lutter contre l’impunité.
« La vérité, la justice, la réparation et la garantie de non-répétition constituent ainsi des conditions essentielles pour rompre le cycle des violences et ouvrir la voie à une paix durable », conclut le rapport.







