Dans un entretien exclusif accordé à France 24, le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a dressé un constat sévère de la mise en œuvre de l’accord de paix signé à Washington entre le Rwanda et la République démocratique du Congo (RDC).
Le chef de la diplomatie rwandaise a pointé un manque de volonté politique de Kinshasa, dénoncé la position des États-Unis et formulé de graves accusations concernant la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC.
Au cœur de ses critiques figure ce qu’il qualifie de « partialité de plus en plus criante » des États-Unis.
Olivier Nduhungirehe estime qu’il existe une « contradiction flagrante » entre les sanctions américaines visant le Rwanda et les déclarations du secrétaire d’État américain Marco Rubio, qui avait reconnu, selon lui, que la RDC n’avait pas neutralisé les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), comme le prévoit l’accord de Washington.
Le ministre rwandais affirme que, depuis la signature de l’accord de paix, le cessez-le-feu est régulièrement violé. Il accuse les forces congolaises d’avoir intensifié les attaques de drones contre les positions de l’AFC/M23, mais aussi contre des civils banyamulenge au Sud-Kivu.
« Depuis la signature de cet accord de paix, les attaques de drones se sont intensifiées, non seulement contre les positions de l’AFC/M23, ce qui constitue une violation du cessez-le-feu, mais aussi contre les civils banyamulenge au Sud-Kivu », a déclaré Olivier Nduhungirehe.
Selon lui, l’autre point de blocage majeur concerne la neutralisation des FDLR. Le chef de la diplomatie rwandaise soutient que, loin de démanteler ce groupe armé, le gouvernement congolais aurait renforcé son influence sur les plans militaire et politique.
« Au lieu de s’engager dans cette voie, le gouvernement congolais a renforcé les FDLR, tant sur le plan militaire que sur le plan politique, notamment en favorisant leur structuration autour de personnalités telles que Jean-Luc Habyarimana », a-t-il affirmé.
Interrogé sur la plainte introduite par la RDC contre le Rwanda devant la Cour internationale de Justice, Olivier Nduhungirehe l’a qualifiée de « pur cynisme » et de « manœuvre politique ». Il a accusé le gouvernement congolais de collaborer avec les FDLR, d’encourager des discours de haine visant les Congolais tutsis et d’être responsable d’attaques contre des populations civiles.
« Il y a une accumulation de crimes commis par le régime de Kinshasa. Dès lors, ce dernier ne peut pas faire abstraction de ces faits et se rendre à La Haye pour accuser un autre État de crimes de cette nature », a-t-il soutenu.
Ces déclarations interviennent alors que la mise en œuvre de l’accord de Washington reste confrontée à de nombreuses difficultés, sur fond de tensions persistantes dans l’Est de la RDC et d’accusations réciproques entre Kigali et Kinshasa.
Les autorités congolaises rejettent régulièrement les accusations rwandaises.

