Après le match nul historique (1-1) arraché par la République démocratique du Congo face au Portugal lors de la Coupe du monde, le 17 juin à Houston, le président Félix Tshisekedi a rencontré la diaspora congolaise établie aux États-Unis.
Si l’échange a débuté sous le signe des félicitations adressées aux Léopards pour leur performance, il s’est rapidement orienté vers les questions sécuritaires qui continuent de secouer l’est du pays et vers les attaques contre l’ancien président Joseph Kabila.
Dans une intervention qui a suscité un tollé, le chef de l’État congolais a réaffirmé sa volonté de poursuivre ses offensives militaires visant à reprendre les villes de Goma et de Bukavu, aujourd’hui sous le contrôle du mouvement politico-militaire AFC-M23.
Une déclaration qui intervient alors même que les deux parties sont engagées dans un processus de désescalade et de cessez-le-feu sous médiation internationale.
« Nos forces armées sont en train de briser nos ennemis. À nos frères qui célèbrent aujourd’hui à Goma et à Bukavu, je le dis : nous serons bientôt tous réunis », a déclaré Félix Tshisekedi devant la communauté congolaise réunie à Houston, aux USA.
Félix Tshisekedi s’est également attaqué violemment à son prédécesseur, allant jusqu’à le qualifier de « chien ».
Des propos qui ont été vivement condamnés par plusieurs personnalités politiques congolaises dont Bienvenue Matumo, membre du mouvement Sauvons la RDC, et Richard Muyej, ancien gouverneur de la province du Lualaba et ancien ministre de l’Intérieur de la RDC, qui ont qualifié ces propos d’irrespectueux, indignes et irresponsables de la part d’un chef d’État.
Ces propos ont suscité une réaction immédiate de l’AFC-M23, qui y voit un signal contraire aux engagements de paix en cours. Sur son compte X, le porte-parole du mouvement, Lawrence Kanyuka, a accusé le président congolais de s’éloigner de l’esprit du cessez-le-feu et de privilégier une logique de confrontation.
Dans un long message intitulé « Ordo ab Chao » (« De l’ordre naîtra le renouveau face au chaos »), l’AFC-M23 affirme que les déclarations présidentielles constituent une rupture avec les engagements pris dans le cadre des discussions de paix.
Le mouvement estime que ces propos alimentent les divisions entre Congolais, renforcent les tensions communautaires et traduisent une orientation qu’il qualifie de belliqueuse.
« Le peuple congolais, les médiateurs du processus de paix et les partenaires internationaux sont aujourd’hui témoins des déclarations publiques prononcées à Houston », écrit Lawrence Kanyuka, avant d’affirmer que l’AFC-M23 demeure engagé dans la protection des populations civiles vivant dans les territoires sous son contrôle.
Le mouvement politico-militaire réitère également son ambition de promouvoir un « nouvel ordre » fondé sur l’État de droit, l’égalité des citoyens et l’unité nationale, tout en promettant de poursuivre la défense des civils, de leurs biens et de leur dignité « sans distinction aucune ».
Cette nouvelle passe d’armes verbale survient dans un contexte de forte dégradation sécuritaire dans l’est de la RDC.
Malgré les mécanismes de cessez-le-feu et les efforts diplomatiques en cours, plusieurs fronts restent actifs au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, où les Forces armées de la RDC (FARDC), appuyées notamment par l’armée burundaise et des groupes Wazalendo, poursuivent des opérations contre les positions de l’AFC-M23.

