L’évêque du diocèse catholique de Butembo-Beni, Melchisédech Sikuli Paluku, a appelé dimanche 7 juin 2026 les autorités congolaises à concentrer leurs efforts sur le rétablissement de la paix et la protection des populations plutôt que sur un projet de révision de la Constitution.
C’était lors d’une interview accordée à la presse locale à l’approche du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo.
Dans sa déclaration, le prélat s’est inquiété de ce qu’il considère comme un décalage entre les priorités des institutions et les préoccupations de la population confrontée à l’insécurité dans l’Est du pays.
« Le Président de la République, le Gouvernement, les députés et sénateurs semblent tous préoccupés par la volonté de changement de la Constitution, oubliant que cela apparaît comme un cautionnement de la division du pays, que les Congolais redoutent », a déclaré Mgr Sikuli.
L’évêque a estimé que chaque citoyen, et particulièrement les responsables politiques, devrait orienter ses actions vers la recherche du bien-être collectif et de la cohésion nationale.
« Pour notre pays, ce bonheur s’appelle : paix, justice, souveraineté, intégrité territoriale. À l’opposé, notre malheur se nomme : massacres, injustice, corruption, tribalisme », a-t-il affirmé.
S’adressant directement au chef de l’État, le responsable catholique a plaidé pour que la question sécuritaire soit placée au centre de l’action publique.
« Face aux risques que le pays court, nous demandons au Président de la République et chef de l’État de se préoccuper avant tout de la restauration de la paix sur l’ensemble du territoire national et de ne pas oublier que la finalité du pouvoir, c’est d’abord le service du peuple », a-t-il déclaré.
Mgr Sikuli a également dénoncé la poursuite du débat sur une éventuelle réforme constitutionnelle alors que plusieurs régions de l’Est du pays demeurent affectées par les conflits armés.
« Au moment où les populations du Nord-Kivu et de l’Ituri sont massacrées de manière récurrente par les ADF-Nalu, la préoccupation de nos gouvernants semble être ailleurs », a-t-il affirmé.
Selon lui, les autorités devraient privilégier la recherche de solutions aux problèmes sécuritaires et sociaux auxquels font face les populations.
« Nous estimons qu’il serait plus utile et urgent de leur part de se pencher sur la recherche de réponses adéquates à apporter aux attentes profondes de la population », a poursuivi l’évêque.
Le prélat a enfin mis en garde contre les conséquences que pourrait avoir un processus de révision constitutionnelle dans le contexte actuel.
« Ce n’est pas le changement de la Constitution qui arrêtera les massacres dont nous sommes victimes. Ce n’est pas non plus un référendum qui améliorera automatiquement nos conditions sociales de vie. Au contraire, toutes ces manœuvres risquent de plonger davantage le pays dans le chaos », a conclu Mgr Sikuli.
Pour rappel, la question du changement ou de la révision de la Constitution est au cœur des tensions politiques en RDC depuis plusieurs mois. La majorité présidentielle a annoncé publiquement son projet de réviser la Constitution actuelle de la RDC, qualifiée d’étrangère. Une proposition de loi sur le référendum a été déposée à l’Assemblée nationale.
Réunie au sein de la coalition C64, l’opposition congolaise qui regroupe ses figures emblématiques notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Delly Sesanga, Jean-Marc Kabund et Matata Ponyo Mapon, accuse le pouvoir de vouloir modifier la Loi fondamentale afin de prolonger son emprise sur les institutions.
Le 3 juin dernier, la plateforme avait appelé à une journée nationale « ville morte » pour protester contre ce qu’elle qualifie de « projet de changement constitutionnel », qui a été largement suivie dans la capitale congolaise.
La coalition a également annoncé le dépôt d’une plainte contre le président Félix Tshisekedi pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel », ainsi qu’un sit-in prévu devant le Palais du peuple afin d’exiger l’abandon des dispositions qu’elle estime susceptibles d’ouvrir la voie à une révision controversée de la Constitution.

