L’organisation Human Rights Watch (HRW) a, dans un communiqué, déploré les attaques contre les membres de la communauté Banyamulenge dans la ville d’Uvira, en province du Sud-Kivu.
Selon HRW, cette situation est liée au retrait soudain du groupe armé M23 de la ville le 17 janvier 2026, exposant les civils aux milices abusives de Wazalendo.
« Craignant d’être pris pour cible après le départ du M23, de nombreuses familles Banyamulenge ont quitté la ville, bien qu’un nombre indéterminé soit resté sur place. Tard dans la journée du 18 janvier, l’armée congolaise s’est déployée dans la ville, la deuxième plus grande du Sud-Kivu », explique HRW.
Les Wazalendo, milices peu structurées bénéficiant du soutien de l’armée congolaise, sont connus pour commettre des exactions contre les populations des zones qu’ils contrôlent.
« La simple présence des forces congolaises ne suffira pas à protéger les civils si elles continuent d’aider ou de tolérer ces milices », a déclaré Clémentine de Montjoye, chercheuse principale sur la région des Grands Lacs à HRW.
« Les autorités congolaises doivent agir rapidement pour rétablir la sécurité et protéger tous les civils, y compris les Banyamulenge. »
HRW a documenté des pillages généralisés après le retrait du M23, touchant maisons, commerces, églises et bâtiments publics, y compris ceux appartenant aux Banyamulenge, grâce à des témoignages, photos et vidéos authentifiées.
Des vidéos géolocalisées montrent des individus en civil pillant le palais de justice, une église méthodiste, un restaurant, des bureaux gouvernementaux et le port de Kalundu.

Des sources locales font état de nombreux blessés, et HRW enquête sur des informations concernant des meurtres de civils depuis le départ du M23. « Maintenant, des soldats et membres du Wazalendo circulent, exigent les téléphones des gens et tirent sur eux », ajoute HRW.
L’organisation rapporte également que les Wazalendo ont empêché des civils de fuir vers les Hauts Plateaux, zones montagneuses couvrant Fizi, Mwenga et Uvira, accentuant les risques pour la population.
Ces inquiétudes sont renforcées par la fermeture de la frontière avec le Burundi.
Tout au long de 2025, des soldats congolais et des combattants Wazalendo ont commis des exécutions sommaires, violences sexuelles, enlèvements et restrictions d’accès aux services essentiels contre les Banyamulenge.
Le 19 janvier, le gouvernement congolais a annoncé un « rétablissement progressif de l’autorité de l’État » à Uvira, incluant sécurité, justice et aide humanitaire.
HRW appelle le président Félix Tshisekedi et les autorités congolaises à protéger les Banyamulenge et tous les civils, et à contraindre les Wazalendo à cesser leurs exactions. L’aide humanitaire doit parvenir rapidement aux victimes des pillages et destructions.
« Bien que le gouvernement affirme que les Wazalendo soutiennent la résistance contre le M23, leurs actions à Uvira et ailleurs montrent les dangers des milices sans commandement, discipline ni obligation de rendre des comptes. Des forces de sécurité formées doivent être déployées, et les responsables d’infractions poursuivis équitablement », recommande HRW.
Dans une déclaration du 15 janvier, l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) a indiqué être prête à remettre Uvira « à la communauté internationale » et demandé au secrétaire général de l’ONU le déploiement d’une « force neutre ».
La MONUSCO, retirée de la province le 30 juin 2024, pourrait reprendre certaines activités de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, selon une résolution du Conseil de sécurité de décembre 2025.
HRW exhorte la MONUSCO à déployer rapidement des experts en droits humains et protection des civils, et à collaborer avec les autorités pour évaluer les risques et vérifier les unités de l’armée congolaise présentes sur le terrain.

