A l’occasion de la réflexion sur le parcours historique de la République démocratique du Congo, le Professeur Freddy R. Kaniki estime que l’indépendance du pays reste un défi inachevé, tant que les divisions identitaires et sociales continuent de fragiliser la construction d’une véritable nation.
Dans une tribune intitulée « L’indépendance, défi inachevé du Congo » relayée par le media la libre , le professeur congolais soutient que l’accession à la souveraineté politique n’a pas encore permis de bâtir une cohésion nationale durable.
« Si le pays a accédé à la souveraineté politique, les fractures sociales, culturelles et identitaires continuent de fragiliser son tissu national et de faire obstacle à son développement », écrit Freddy R. Kaniki.
Selon lui, la richesse de la diversité congolaise a parfois été transformée en facteur de division par des récits de méfiance et des classifications identitaires héritées de crises anciennes.
« Le Congo ne manque ni de ressources, ni de cultures, encore moins de potentiels humains. Mais l’absence d’une énergie de cohésion stable empêche ces atouts de devenir une force transformatrice », affirme-t-il.
Dans sa tribune, le professeur revient également sur les violences communautaires qui ont marqué plusieurs régions du pays, notamment dans l’Est de la RDC.
Évoquant un drame familial survenu à Kamanyola en 1996, où son père et ses trois frères ont été tués, il appelle à dépasser les blessures du passé pour construire un avenir commun.
« La mémoire ne doit pas être une source infinie de ressentiment, mais un instrument d’apprentissage », plaide-t-il, estimant que les tragédies vécues doivent servir à éviter la répétition des violences.
Pour Freddy R. Kaniki, la responsabilité revient notamment aux dirigeants et aux acteurs sociaux de promouvoir une culture de tolérance et de réconciliation.
« Il ne s’agit pas seulement de dénoncer, mais de reconstruire », souligne-t-il.
Il ajoute que « la justice relève des institutions ; le pardon, lui, appartient à la conscience individuelle, qui doit s’élargir à la conscience collective ».
Le professionnel de santé insiste également sur l’universalité de la condition humaine, en prenant l’exemple de la médecine où les considérations ethniques ou communautaires ne déterminent pas la prise en charge d’un patient.
« Lorsqu’un patient requiert une transfusion sanguine ou une transplantation d’organe, les considérations d’ordre religieux, ethnique et racial sont totalement dénuées de pertinence », écrit-il.
Face aux tensions persistantes dans plusieurs parties du pays, l’auteur appelle à repenser l’identité nationale congolaise autour des valeurs communes.
« Une nation ne peut émerger durablement de groupes en compétition permanente ; elle repose sur un système intégré où les différences deviennent des ressources et la diversité une richesse », estime Freddy R. Kaniki.
Il appelle les responsables politiques, religieux, traditionnels et scientifiques à œuvrer pour une réconciliation nationale capable de transformer la mémoire des souffrances en un moteur d’unité.
« Transformer une mémoire lourde en levier d’unité, et non en frontière », tel est, selon lui, l’un des grands défis auxquels le Congo doit répondre pour atteindre une indépendance pleinement vécue.

