Le président burundais et président en exercice de l’Union africaine, Évariste Ndayishimiye, a lancé à Bujumbura une initiative diplomatique destinée à tenter de désamorcer la crise politique et sécuritaire qui secoue la République démocratique du Congo. Depuis le 6 juillet, plusieurs figures de l’opposition congolaise participent à des consultations visant à explorer les voies d’un règlement politique, dans un contexte marqué par de profondes tensions institutionnelles et des violences persistantes dans l’est du pays.
Autour de la table figurent plusieurs dirigeants de la coalition Plateforme Article 64 (C64), parmi lesquels Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund.
Des représentants de la société civile, notamment issus de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), ont également pris part aux échanges.
Mais l’absence remarquée de Joseph Kabila donne une dimension particulièrement sensible à cette médiation. L’ancien chef de l’État, figure centrale de l’opposition actuelle au pouvoir de Félix Tshisekedi, n’a pas répondu à l’invitation de la présidence burundaise.
Son camp estime que la démarche comporte des incohérences et conteste implicitement le cadre de cette initiative.
José Makila, cadre de la plateforme d’opposition Sauvons la RDC initiée par Joseph Kabila, a confirmé que l’invitation avait bien été reçue par la famille politique de l’ancien président. Il a expliqué que celle-ci avait décidé de ne pas y donner suite après analyse, tout en appelant à ne pas condamner les opposants ayant choisi de participer aux consultations.
« Il serait irresponsable de porter un jugement hâtif sur les acteurs de l’opposition qui ont choisi de répondre à cette invitation », a déclaré José Makila, appelant à accorder « le bénéfice de la confiance » aux participants et à attendre les conclusions de leurs discussions avant toute prise de position définitive.
La ligne défendue par le camp Kabila illustre toutefois une fracture stratégique au sein de l’opposition congolaise.
Tandis que certains responsables privilégient l’ouverture d’un espace de dialogue sous l’égide régionale, d’autres redoutent que cette initiative ne fragilise les rapports de force politiques existants ou ne serve de nouveau cadre de négociation sans garanties suffisantes.
Lors des consultations, Évariste Ndayishimiye a plaidé pour un dialogue inclusif et demandé aux acteurs congolais de faire preuve de flexibilité. Le président burundais a également relayé la position de l’Union africaine favorable à une concertation nationale destinée à répondre aux défis institutionnels et sécuritaires de la RDC.
La coalition Article 64 (C64) a cependant maintenu ses lignes rouges, notamment son opposition à tout projet de révision ou de modification de la Constitution congolaise.
Pour cette plateforme, toute sortie de crise doit préserver les équilibres démocratiques et empêcher toute tentative de prolongation ou de transformation du cadre institutionnel.
Cette séquence diplomatique a déjà produit un premier effet politique : la manifestation de masse de l’opposition prévue le 8 juillet a été reportée au 22 juillet, afin de laisser une chance aux discussions engagées à Bujumbura.
Dans la région des Grands Lacs, où les initiatives de médiation se multiplient autour de la crise congolaise, la démarche burundaise place Évariste Ndayishimiye au centre d’un nouveau jeu diplomatique. Mais l’absence de Joseph Kabila et les réserves exprimées par son entourage rappellent que toute tentative de sortie de crise en RDC devra composer avec une opposition plurielle, traversée par des stratégies parfois divergentes.

