Alors que les efforts de sensibilisation semblent enfin produire des résultats dans les zones de santé de Nizi, Lopa et Iga Barrière, la société civile de l’Ituri dénonce une riposte qui ne parvient plus à répondre aux besoins des malades.
À l’issue d’une mission de terrain, ses responsables lancent un appel urgent au renforcement des capacités de prise en charge.
Longtemps confrontées à la méfiance des communautés, les équipes de lutte contre Ebola observent aujourd’hui un changement de comportement.
Selon la société civile, de plus en plus de personnes présentant des symptômes acceptent de se rendre dans les structures sanitaires. Mais cette évolution positive se heurte à une réalité préoccupante : les centres de prise en charge sont saturés ou inexistants.
« Les populations commencent à croire à l’existence de la maladie et cherchent à se faire soigner. Malheureusement, elles ne trouvent pas de place dans les centres », déplore un membre de la délégation.
À Nizi, les trente lits disponibles étaient entièrement occupés lors de la visite. Les nouveaux malades doivent être orientés vers Bunia, où les capacités d’accueil seraient également presque épuisées.
À Lopa et Iga Barrière, aucun véritable centre de traitement Ebola n’est opérationnel, obligeant les patients à parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour espérer bénéficier de soins.
La mission de la société civile a également mis en évidence les limites des équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés.
Faute de personnel et de moyens logistiques, plusieurs corps restent parfois un à deux jours avant d’être pris en charge, alimentant les tensions entre les familles, les autorités coutumières et les équipes sanitaires.
La situation est encore plus préoccupante dans les sites accueillant les personnes déplacées.
Les visiteurs indiquent que plusieurs camps ne disposent toujours pas de dispositifs de lavage des mains, tandis qu’une seule ambulance couvre l’ensemble de la zone de santé de Nizi, malgré l’ampleur des besoins.
Les chiffres communiqués par les responsables sanitaires illustrent l’ampleur de la crise : au moins 92 décès confirmés liés à Ebola ont été enregistrés et plus de 270 cas suspects sont actuellement suivis.
À Lopa, les autorités locales évoquent plus de 167 décès recensés en seulement vingt et un jours, dans un contexte fortement marqué par l’épidémie.
Pour la société civile de l’Ituri, cette évolution constitue un tournant.
Les campagnes de sensibilisation portent leurs fruits, mais sans un renforcement rapide des centres de traitement, des équipes d’intervention, des ambulances et des moyens logistiques, la confiance retrouvée de la population risque de s’effriter.
Les organisations citoyennes appellent ainsi le gouvernement et les partenaires de la riposte à agir rapidement afin d’éviter que le manque de capacités de prise en charge ne compromette les efforts déjà consentis dans la lutte contre Ebola.

