Le diocèse de Goma a perdu l’un de ses plus grands bâtisseurs spirituels. Évêque de 1974 à 2010, Mgr Faustin Ngabu a traversé les décennies avec humilité et courage, laissant l’empreinte d’un homme de paix, d’un père attentif et d’un serviteur fidèle à l’Évangile.
Un évêque venu de Bunia
Né en 1935 à Lokpa, dans l’actuelle province de l’Ituri, et ordonné prêtre à Rome en 1963, Mgr Faustin Ngabu fut nommé évêque de Goma en 1974, des mains de Mgr Aloys Mulindwa, archevêque de Bukavu. Son accession à la tête de l’Église locale de Goma fut un kairos, un temps favorable, pour lancer une théologie de la fraternité. Dans ses homélies et lettres pastorales, il ne cessait de dénoncer le tribalisme.
Dans le contexte de la Zaïrianisation
Mgr Faustin Ngabu héritait d’un diocèse bien structuré. Mais il n’avait jamais oublié ce testament de Mgr Joseph Busimba : « Nous avons cru en l’amour, jamais au tribalisme. »
La « théologie de la fraternité » qu’il prônait faisait de l’unité sa priorité pastorale : des chrétiens divisés ne peuvent bâtir une Église locale. Il arriva dans une région volcanique, au sens propre comme au figuré, marquée par des crises politiques, des guerres et des déplacements de populations.
Alors que les éruptions du Nyiragongo et les conflits ensanglantaient le Nord-Kivu, l’évêque ouvrait les portes des paroisses aux déplacés, prêchait la réconciliation et plaidait sans relâche pour la non-violence.
« C’est ce qui a attiré le plus de souffrances, d’attaques et de calomnies, tellement ce thème évangélique venait s’en prendre à tant d’intérêts et d’idéologies du monde ambiant, ainsi qu’il correspondait et correspond toujours au nœud de la problématique d’une conversion authentique à l’Évangile, singulièrement dans une région où les diversités si variées d’appartenance (28 ethnies différentes recensées dans le diocèse en 1981, dont une dizaine y ayant des racines coutumières anciennes) sont à la fois un défi et une chance pour la constitution du peuple de Dieu. »
(25 ans du diocèse de Goma sous l’épiscopat de Mgr Faustin Ngabu, 1974–1999, CDPCL, 1999, p. 11–12)

De nombreuses œuvres sociales et pastorales
Sous sa houlette, le diocèse de Goma s’est structuré et ouvert à de nombreuses œuvres sociales et pastorales. Il fonde la Caritas diocésaine, le BDOM, le Centre Shirika la Umoja et le Centre Tulizo Letu, convaincu que « la foi doit s’incarner dans des œuvres visibles ».
Son épiscopat est aussi marqué par la vitalité des mouvements ecclésiaux, dont le Chemin néocatéchuménal, implanté dès 1983, qu’il considère comme un renouveau spirituel en phase avec le Synode pour l’Afrique.
Artisan de paix
Artisan infatigable de la paix, Mgr Faustin Ngabu reçut le prix de la paix de Pax Christi. Membre fondateur de la Conférence épiscopale de l’Afrique centrale (CEAC), il mit en garde contre le vertige du nationalisme prédateur dans la région des Grands Lacs.
En 2000, il invita le père Alfred Bour à donner un séminaire sur la non-violence active et évangélique. Le père Bour avait déjà lancé, en 1998–1999, le Mouvement non-violent de la région des Grands Lacs avec la revue Le Prix de la Paix.
Durant les années de guerre dans l’est de la RDC, Mgr Ngabu se fit la voix de la modération. Ses lettres pastorales, sobres et fermes, dénonçaient les violences tout en appelant à la réconciliation. Il entretenait un dialogue constant avec les autorités civiles et militaires, toujours au nom de la dignité humaine.
Dans une région où les armes parlaient plus fort que les mots, il osa rappeler que la justice et la vérité sont les seules bases d’une paix durable.
Un témoin humble et fidèle
En 2010, après 36 ans d’épiscopat, il remit son bâton pastoral à Mgr Théophile Kaboy Ruboneka et se retira dans la prière. Discret, il resta une figure de référence morale et spirituelle, recevant fidèles et prêtres avec la même bienveillance.
Jusqu’à la fin, il se voulut témoin d’une foi simple et confiante, « un pèlerin en marche vers Dieu ».
L’œuvre de Mgr Ngabu dépasse les murs des églises : elle se lit dans les écoles, les hôpitaux, les centres pour personnes vulnérables et dans la conscience d’un peuple qui garde de lui le souvenir d’un père spirituel, d’un artisan de paix et d’un homme resté debout dans la tempête.
Son nom demeure lié à l’histoire du diocèse de Goma, comme une semence de foi au cœur d’une terre blessée mais vivante.

