À l’origine, les Forces démocratiques alliées (ADF) sont un groupe armé ougandais fondé en 1995, regroupant des mouvements d’opposition au président Yoweri Museveni.
L’organisation s’est déplacée en République Démocratique du Congo (RDC) et a multiplié les attaques contre les civils et les positions militaires, notamment à Beni, au Nord-Kivu, faisant des dizaines de milliers de morts depuis 2014.
Du 15 octobre 2014 au 15 octobre 2025, cela fait 11 ans que les djihadistes intensifient leurs attaques contre les civils dans l’est de la RDC. La population garde en mémoire des milliers de victimes de ce mouvement terroriste ayant prêté allégeance à l’État Islamique.
« Nous pleurons constamment nos proches perdus dans cette interminable guerre de l’ADF », a déclaré ce jeudi Augustin Vulambire, conducteur de taxi-moto à Beni.
Les premiers souvenirs
Dans ce récit, les journalistes Trésor Kapepela Ben et Isaac Bin-Ngeve retracent les premières attaques ayant fait une trentaine de victimes à Beni. Ce qui semblait être un acte « isolé » est devenu « une plaie incurable ».
« Sous mes yeux, j’ai vu mourir mon mari, mon fils, mes deux beaux-frères et ma belle-sœur », racontait une femme rescapée, aujourd’hui âgée d’une trentaine d’années.
C’était un mercredi à 17 h, tout paraissait normal au quartier Ngadi, en commune de Ruwenzori. Les jeunes s’étaient mobilisés pour regarder le match de la RDC contre la Côte d’Ivoire, qui s’était soldé par 4 buts à 3 en faveur des Ivoiriens.

L’ennemi confondu
Certains agriculteurs rentraient de leurs champs. Un groupe de 4 femmes était aperçu à Ngadi. Les motards leur proposaient une course vers le centre-ville, mais elles refusèrent, relatent les taximens échappés de justesse.
« Il s’agissait des espions des ADF. »
À 18 h 30, des hommes armés non identifiés étaient assis dans une maison près de la RN4. Un militaire, l’adjudant « Matadi », qui se rendait à Ngadi, rencontra ce groupe d’hommes armés et tenta de les interroger.
Après quelques échanges, les assaillants tirèrent sur le commandant FARDC. N’étant pas mort sur le champ, il tenta de se relever pour alerter ses compagnons, mais sans succès. Les ADF lui logèrent une deuxième balle.
Quelques minutes après, la mère de la famille où se trouvaient les assaillants fut criblée de balles, mais elle survécut. Les assaillants s’éparpillèrent ensuite sur le « boulevard Bonabana » de Ngadi, prenant la direction de Mayangose.
Une autre femme, épouse d’un militaire, confondit les ADF avec des soldats FARDC et leur cria : « Pourquoi tirez-vous en vain ? » Les rebelles lui logèrent une balle, et elle succomba sur place, selon nos sources.
Abattoir humain
Les assaillants entrèrent dans sa maison, découpèrent le bras de son bébé de 3 mois à la machette et tuèrent son autre enfant de 3 ans. À environ 30 mètres, un jeune homme, sous le feu, quitta son kiosque pour se cacher dans la résidence du chef Musekuse, mais il fut également tué.
Une fille vendeuse dans une boutique sur le même boulevard fut touchée par balle alors qu’elle voulait fermer sa porte. Un soldat de la force aérienne, habitant le même boulevard, tenta de tirer sur les assaillants, mais il fut neutralisé à son tour.

Les rebelles continuèrent jusqu’à trouver une famille de 7 personnes jouant de la musique dans leur maison. Ils brisèrent la porte et tuèrent 6 personnes à bout portant.
À Ngadi, ce jour-là, 12 personnes furent tuées. Les assaillants prirent rapidement la direction de Kadou, suite à l’intervention des FARDC.
À Kadou, les ADF massacrèrent 25 autres personnes, dont le Chef Mwami Bambiti et des membres de la famille Mwami Kitobi.
Le bilan provisoire était de 35 morts, dont deux soldats FARDC, enterrés au cimetière public de Beni Masiani.
Deux jours plus tard, deux autres corps (un homme et sa femme surnommée KA 20) furent découverts près de Kadou, portant le bilan à au moins 37 morts. Après cette incursion, le quartier Ngadi, connu comme « cosmopolite », subira d’autres attaques sanglantes.
Mémoriaux des victimes
Des mois plus tard, le Maire de Beni (ancien), Masumbuko Nyonyi Bwanakawa, débaptisera le stade municipal de Beni en « stade du 15 Octobre » en mémoire des victimes des attaques de l’ADF.
Un mausolée a été érigé en 2023 en mémoire des premières victimes des massacres des ADF. Les travaux d’érection de cette stèle, initiés par des groupes de pression et mouvements citoyens de Beni, ont duré huit mois.
En plus du mausolée, un « mur des lamentations » y est également construit. Ces premières victimes étaient enterrées dans une fosse commune sur laquelle a été élevé le mausolée.

