L’AFC/M23 a accusé, mercredi 7 octobre 2026, les autorités congolaises d’imposer un « blocus » aux populations de Minembwe, dans les hauts plateaux du Sud-Kivu. Lors d’une conférence de presse à Goma, le mouvement politico-militaire de l’Alliance du Fleuve du Congo/Mouvement du 23 mars a dénoncé une situation humanitaire extrêmement grave dans cette région de l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Le coordonnateur politique de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a affirmé vouloir « alerter » sur une « tragédie en cours » à Minembwe, allant jusqu’à parler d’un « génocide en cours d’exécution ».
« Nous prenons la parole aujourd’hui pour alerter. Nous alertons sur la tragédie en cours dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu et plus précisément à Minembwe. Nous alertons sur un génocide en cours d’exécution sous un silence ourdi de la communauté nationale et internationale », a déclaré Corneille Nangaa.
Selon le responsable de l’AFC/M23, les populations de Minembwe sont confrontées à des pénuries de nourriture, de médicaments et de produits de première nécessité, notamment d’eau, de sel, de savon, d’huile et de sucre.
Il a attribué cette situation à un blocus qu’il impute au « régime de Kinshasa » et à une coalition comprenant, selon lui, les FARDC, des forces burundaises, les FDLR, les Wazalendo et des mercenaires.
« Les Congolais, femmes, enfants et autres meurent de faim, de manque des médicaments, de manque des produits de première nécessité à la suite d’un blocus imposé par le régime de Kinshasa », a-t-il affirmé.
Corneille Nangaa a également évoqué un incident survenu dans la nuit du 23 au 24 septembre, affirmant qu’un convoi humanitaire comprenant notamment des organisations de l’ONU et des ONG avait été bloqué à Mulima alors qu’il se dirigeait vers Minembwe.
Le convoi, chapeauté par OCHA, ACTED et Médecins du Monde, a été, selon l’AFC/M23, délibérément attaqué par les forces coalisées de Kinshasa.
L’AFC/M23 avance par ailleurs un bilan particulièrement lourd concernant les conséquences du conflit dans les zones de Minembwe, Kalehe et Masisi.
Le mouvement affirme que des milliers de civils ont été tués ou exposés à des bombardements, que plus de 650 villages des hauts plateaux du Sud-Kivu ont été détruits ou incendiés et que plus de 700 000 têtes de bétail ont été pillées.
Il affirme également que plus de 147 écoles et 57 établissements de santé ont été détruits et que plus de 80 % de la population banyamulenge aurait été contrainte de fuir.
Selon Corneille Nangaa, des dizaines de milliers de Banyamulenge vivent actuellement comme réfugiés dans plusieurs pays de la région, notamment au Burundi, au Rwanda, en Ouganda et au Kenya, ainsi qu’en Amérique du Nord et en Europe.
« Lorsqu’une population ne peut plus se nourrir normalement, lorsque les enfants ne peuvent plus aller à l’école, lorsque les malades rencontrent des obstacles pour recevoir des soins et lorsque les populations sont contraintes de quitter leurs terres, nous sommes face à une crise humaine qui exige une réponse urgente », a déclaré Corneille Nangaa.
Le coordonnateur politique de l’AFC/M23 a ensuite placé la question de Minembwe dans le cadre plus large de l’identité et de la citoyenneté en RDC.
Il a affirmé que les Banyamulenge, communauté congolaise à majorité tutsi vivant notamment dans les hauts plateaux du Sud-Kivu, étaient victimes d’une contestation de leur appartenance à la nation congolaise.
« Aucun Congolais ne devrait être considéré comme étranger dans son propre pays en raison de son nom, de sa langue, de son apparence ou de son appartenance communautaire », a-t-il déclaré, appelant au rejet des discours assimilant, selon lui, « les Banyamulenge, les Tutsis ou les Swahiliphones à des étrangers ».
Corneille Nangaa a également appelé à rejeter la haine et les politiques de division entre communautés, estimant que la citoyenneté congolaise devait être reconnue « sans discrimination ».
Il a plaidé pour une reconstruction de la confiance entre les différentes communautés de l’est de la RDC.
Enfin, l’AFC/M23 a appelé les médiateurs et facilitateurs engagés dans le processus de paix, notamment dans le cadre du processus de Doha, à mettre en place des engagements « précis, clairs et vérifiables » ainsi que des mécanismes de suivi.
« Les engagements ne doivent pas rester des déclarations. Ils doivent être vérifiables et effectivement appliqués », a insisté Corneille Nangaa, estimant que les populations directement affectées par le conflit devaient pouvoir faire entendre leur voix dans les négociations.
Cette conférence de presse intervient deux jours après la visite à Goma du Panel des facilitateurs de l’Union africaine, qui a rencontré la direction politique de l’AFC/M23 dans le cadre de ses consultations sur le processus de paix. Mercredi, le Panel a, de son côté, appelé au strict respect du cessez-le-feu, à la poursuite de bonne foi du processus de Doha et à la protection des populations civiles.





