Près de 76 000 personnes déplacées vivent actuellement dans des conditions précaires sur le site de Plaine Savo, à proximité de Fataki, dans le territoire de Djugu, en Ituri.
Ayant fui les violences armées, ces familles restent confrontées à l’insécurité, au manque de nourriture et d’eau potable, alors que la maladie à virus Ebola fait désormais peser une nouvelle menace sur le camp.
Pour beaucoup d’habitants, quitter le site reste difficile en raison de l’insécurité qui persiste dans les zones environnantes. Cette situation prive également les déplacés de l’accès à leurs champs, aux marchés et à d’autres moyens de subsistance.
Antoinette, 60 ans, fait partie de ces déplacés. Elle a fui le village de Bule après des affrontements entre le groupe armé Convention pour la révolution populaire (CRP) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC).
Elle raconte avoir quitté son village dans la précipitation, alors que les tirs retentissaient dans plusieurs endroits.
« Nos maisons ont été incendiées. Le jour où nous sommes partis, il y avait des tirs partout. Les gens ont fui sans rien emporter », témoigne-t-elle.
Arrivée à Plaine Savo, Antoinette dit avoir passé plusieurs jours sans abri avant de construire, avec d’autres déplacés, une petite hutte faite de bois, de bâches et de paille.
Huit mois plus tard, les conditions de vie restent difficiles. Les distributions alimentaires sont rares et les familles peinent à trouver de quoi nourrir leurs enfants.
« Les vivres sont épuisés et nous attendons toujours la prochaine distribution. Nous n’avons presque rien à manger et les enfants souffrent », déplore-t-elle.
Cette précarité a également des conséquences sur la santé de la population. Depuis février, Médecins Sans Frontières (MSF) intervient sur le site à travers un poste de santé qui prend notamment en charge les enfants, les femmes enceintes, les personnes souffrant de malnutrition ainsi que les victimes de violences sexuelles.
Selon Alphonsine, infirmière superviseure dans cette structure, plusieurs maladies se propageaient rapidement à l’arrivée des déplacés, notamment la diarrhée, la gale, la fièvre typhoïde et les infections parasitaires.
Les données recueillies dans le poste de santé montrent également l’ampleur des violences auxquelles sont exposés les habitants. En moyenne, 60 survivantes et survivants de violences sexuelles y sont pris en charge chaque mois, tandis qu’environ sept personnes blessées par balle ou par arme blanche sont reçues chaque semaine.
La malnutrition reste également préoccupante, avec près de neuf nouveaux cas pris en charge chaque semaine.
Pour les patients nécessitant des soins spécialisés, MSF assure leur transfert vers l’Hôpital général de référence de Fataki, situé à environ 15 kilomètres du site.
Cette évacuation concerne notamment les personnes grièvement blessées et les femmes enceintes.
Selon Alphonsine, cette possibilité de transfert a contribué à réduire les risques de décès maternels parmi les déplacées.
Mais alors que les habitants de Plaine Savo font déjà face aux conséquences des violences et du déplacement, une autre inquiétude s’installe : Ebola.
Trois cas confirmés de la maladie ont déjà été détectés sur le site. Tous ont été référés vers l’unité de traitement Ebola installée à l’Hôpital général de référence de Fataki, où ils ont été pris en charge.
La promiscuité dans le camp fait cependant craindre une propagation rapide de la maladie. Les abris sont très rapprochés les uns des autres et les conditions d’hygiène restent difficiles.
« Les abris de fortune de Plaine Savo sont bondés et souvent séparés de moins d’un demi-mètre les uns des autres. Si la maladie arrive ici, les gens pourraient mourir en masse », alerte Alphonsine.
Pour réduire les risques de transmission, MSF intervient également dans le domaine de l’eau, de l’hygiène et de l’assainissement.
L’organisation indique avoir construit 311 latrines et renforcé l’approvisionnement en eau potable grâce à des camions-citernes, en attendant la finalisation de neuf nouveaux forages.
Mais les besoins restent largement supérieurs à la réponse actuelle. La quantité d’eau disponible, le nombre de latrines ainsi que les distributions de nourriture demeurent insuffisants au regard du nombre de personnes vivant sur le site.
Face à cette situation, MSF appelle à un renforcement urgent de la réponse humanitaire à Plaine Savo.
« C’est la pire situation humanitaire que j’ai vue depuis des années », estime Trish Newport, coordinatrice des urgences de MSF.
Pour les déplacés de Plaine Savo, l’urgence est donc multiple : retrouver la sécurité, accéder à la nourriture et à l’eau potable, bénéficier des soins de santé et surtout éviter que l’épidémie d’Ebola ne vienne aggraver une situation humanitaire déjà critique.







