Patrick Mbeko, politologue et spécialiste de la région des Grands Lacs, livre une longue analyse sur la situation politique en République démocratique du Congo.
Le vendredi 28 août 2026, sur la télévision nationale congolaise (RTNC), Félix Tshisekedi a annoncé le début imminent du dialogue. Dans son discours, il exclut toute participation du mouvement politico-militaire AFC/M23 et de l’ex-chef d’État congolais Joseph Kabila.
Une annonce qui a été saluée par l’Union sacrée et les caciques proches du pouvoir. L’opposition, regroupée dans la coalition C64, a rejeté en bloc l’annonce de Tshisekedi, qualifiée de « monologue ».
Selon Patrick Mbeko, en dehors de l’Union sacrée, sa propre famille politique, aucune force politique majeure ne semble enthousiaste à l’idée de participer au dialogue.
L’opposition vient d’opposer une fin de non-recevoir, tandis que l’AFC/M23, déjà engagée dans des négociations avec le pouvoir, ne semble guère pressée de rejoindre cette initiative.
Il explique que la suite dépendra largement de l’évolution du rapport de force entre le régime et ses oppositions, armée et non armée.
Outre la classe politique, il y a la société civile et les églises. L’analyste Mbeko révèle qu’à cette équation s’ajoute la position de la CENCO, qui bénéficie d’un important capital de confiance aussi bien dans la région qu’auprès de la communauté internationale.
Sans être nécessairement coalisées contre le pouvoir de Kinshasa, ces trois forces pourraient, par leur refus de participer au dialogue, affaiblir considérablement Félix Tshisekedi et priver son initiative de la légitimité politique recherchée.
« Le scénario qui se profile n’est pas sans rappeler celui auquel Laurent-Désiré Kabila avait été confronté », déclare Patrick Mbeko.
Selon cet analyste indépendant, Laurent-Désiré Kabila, confronté à la grogne de l’opposition et de la société civile qu’il méprisait, et refusant de dialoguer avec les mouvements armés soutenus par le Rwanda et l’Ouganda, avait fini par signer l’Accord de Lusaka en juillet 1999 sous une forte pression régionale et internationale.
Mzee, comme on l’appelait, n’avait plus d’options. Ses alliés militaires (Zimbabwe, Angola et Namibie) ne pouvaient plus financer ou maintenir indéfiniment leur effort de guerre face aux « rébellions » soutenues par Kigali et Kampala, avec la bénédiction des États-Unis.
Cette impasse politique et militaire, conjuguée aux fortes pressions régionales et internationales, avait eu raison de son intransigeance.
« Félix Tshisekedi risque-t-il de se retrouver dans une posture similaire ? Tout porte à le croire. Sa situation pourrait même se révéler plus délicate encore puisque, contrairement à Laurent-Désiré Kabila, il ne semble pas bénéficier de soutiens conséquents dans la région, en dehors du Burundi.
Mais, là aussi, la nuance s’impose : Bujumbura ne soutient pas Kinshasa par amitié ou par fidélité personnelle envers Tshisekedi, mais parce qu’il doit empêcher que le territoire congolais ne serve de base arrière à ses adversaires », révèle Patrick Mbeko.
Selon cet analyste, Tshisekedi, à ce jour, ne dispose pas de véritables alliés régionaux. Sur le plan intérieur, il ne peut réellement compter que sur l’Union sacrée, elle-même constituée d’un assemblage hétéroclite d’acteurs réunis davantage par les opportunités du pouvoir que par une vision politique commune. Un véritable conglomérat d’aventuriers qui rappelle, à certains égards, l’AFDL.
Patrick Mbeko ajoute que, dans cette classe politique, à la moindre escarmouche, certains de ses membres pourraient abandonner le navire pour se lancer dans une nouvelle aventure.
« C’est une constante de la vie politique congolaise, où les alliances sont rarement fondées sur des convictions, mais sur des calculs de survie », a-t-il conclu.
Cette analyse intervient alors que tous les regards sont tournés vers les États-Unis, où les élections de mi-mandat auront lieu début novembre 2026.
Présenté comme un allié du pouvoir en place à Kinshasa, un échec de Donald Trump pourrait fragiliser le régime de Tshisekedi, qui est accusé par la société civile d’avoir bradé les minerais congolais aux Américains.
Depuis une semaine, les combats font rage dans la province du Sud-Kivu, dans les territoires de Mwenga et de Fizi, derniers verrous pour atteindre l’ancienne province du Katanga, considérée comme le cœur du pouvoir des autorités de Kinshasa.







