Les prises de position se multiplient au lendemain du message de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), qui a estimé ne voir « ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité » d’une révision de la Constitution en République démocratique du Congo.
Des acteurs politiques de l’opposition comme de la majorité présidentielle ont réagi à cette déclaration rendue publique à l’issue de l’assemblée plénière extraordinaire des évêques catholiques.
Parmi les premières réactions, celle de Delly Sesanga, membre de la coalition d’opposition C64. Sur son compte X, il a salué ce qu’il qualifie de « position courageuse » de la CENCO.
« Je salue la position courageuse de la CENCO. Notre pays traverse l’une des heures les plus graves de son histoire. Face à cette épreuve, la CENCO rappelle une vérité fondamentale : lorsque la Nation est en péril, on ne change pas les règles du pacte républicain. On défend la patrie », a-t-il déclaré.
Selon Delly Sesanga, le contexte sécuritaire actuel ne justifie pas l’ouverture d’un processus de révision constitutionnelle.
« Ni nécessité. Ni urgence. Ni opportunité de changer la Constitution », a-t-il insisté, estimant que « toucher aujourd’hui au pacte constitutionnel, c’est ajouter délibérément une crise politique à une crise sécuritaire déjà existentielle pour la République ».
L’opposant a également mis en garde contre les conséquences d’une telle initiative.
« Au moment où notre intégrité territoriale est menacée, ouvrir un processus de changement constitutionnel, c’est prendre la responsabilité d’ouvrir les fractures que la Constitution de 2006 avait précisément pour vocation de refermer : divisions identitaires, revendications séparatistes, logiques d’autodétermination et conflits communautaires », a-t-il affirmé, avant de conclure : « Il est encore temps. Écoutons la voix de la sagesse ».
Dans le camp présidentiel, la réaction du sénateur Jean Tshisekedi Kabasele est tout autre. L’élu a reproché à la CENCO d’avoir adopté une position qu’il juge partisane dans le débat sur les réformes institutionnelles.
« La CENCO a manqué l’occasion d’apporter une lecture équilibrée et rassembleuse de ce débat. Au lieu de jouer un rôle d’apaisement, elle a choisi une posture clivante, qui interroge davantage son positionnement dans les grands enjeux de la République », a-t-il déclaré.
Le sénateur a également accusé l’institution catholique de s’écarter de son rôle traditionnel.
« Cette prise de position n’est pas une surprise. Elle s’inscrit dans leurs démarches obscures contre la République », a-t-il soutenu, estimant que le discours de la CENCO « donne le sentiment de rejoindre ceux qui veulent fragiliser la République au lieu d’accompagner les aspirations du peuple ».
Poursuivant ses critiques, Jean Tshisekedi Kabasele a affirmé que « la CENCO n’est ni Dieu ni le peuple. Elle n’a pas le monopole de la vérité et ne peut se substituer à la volonté populaire ».
Selon lui, « aucun avis, aucune structure, aussi influente soit-elle, ne pourra arrêter la marche de la République ».
Pour rappel, dans son message publié le 20 juin, la CENCO a alerté sur les risques liés à une éventuelle révision constitutionnelle dans le contexte actuel.
Les évêques catholiques avaient notamment estimé que la priorité pour la RDC demeure « la paix, le bien-être social du peuple congolais, l’unité et la cohésion nationale », plutôt qu’un changement de la Constitution.

