Depuis plusieurs années, la guerre et les conflits dans l’est de la République démocratique du Congo poussent de nombreux jeunes au désespoir. Parmi eux, une partie se tourne vers le numérique pour continuer à apprendre, chercher du travail ou créer des opportunités. Ces jeunes, surnommés les « réfugiés numériques », vivent une situation paradoxale : connectés au monde grâce à Internet, mais souvent sans ressources ni soutien sur place.
Selon nos observations, les jeunes réfugiés utilisent les réseaux sociaux, les plateformes de formation en ligne et les opportunités de freelance pour essayer de s’en sortir. Cependant, cette exposition à l’univers numérique comporte de nombreux risques, notamment l’isolement, le manque de guidance et les arnaques en ligne.
« Je passe mes journées à chercher du travail en ligne, mais souvent je tombe sur des offres fictives ou des arnaques. Je sais que je dois m’adapter et apprendre de nouvelles compétences, mais la situation est difficile », confie Kindonda Jean, habitant de Goma, actuellement au chômage à cause de la guerre. « Le numérique m’offre une lueur d’espoir, mais il ne suffit pas à lui seul pour vivre dignement. »
Le phénomène touche également les jeunes diplômés, souvent incapables de trouver un emploi correspondant à leurs compétences. Théophile Dusabe, diplômé en Informatique de Gestion, raconte :
« J’ai terminé mes études avec de bonnes notes, mais aucune entreprise locale ne peut m’embaucher. J’utilise donc Internet pour me former davantage et proposer mes services en freelance. C’est difficile, mais c’est le seul moyen que j’ai trouvé pour rester actif et espérer un jour stabiliser ma situation. »

Pour certains, le numérique devient aussi un moyen de maintenir le lien social et de garder une activité intellectuelle malgré les déplacements forcés. « Je n’ai plus de maison, plus de travail, mais grâce à Internet je peux continuer à apprendre et à suivre l’actualité. Cela me donne un peu de force chaque jour », explique Innocent Rugo, également réfugié à Goma et au chômage à cause de la guerre.
Mais tous ne trouvent pas leur salut en ligne. Fidel Yanvo, jeune entrepreneur et revendeur de services financiers, témoigne :
« J’avais été pillé par les rebelles, j’avais perdu tout mon argent. Quelqu’un m’a proposé une plateforme appelée Otto où les gens déposaient de l’argent et gagnaient 3 % par jour. J’ai tout investi… et quelques mois plus tard, la plateforme a fermé. J’ai tout perdu. »
Les experts alertent sur la nécessité d’un encadrement et d’un soutien pour ces jeunes afin de transformer leurs compétences numériques en véritables opportunités. Selon eux, les réfugiés numériques représentent un potentiel énorme pour le développement du pays, mais leur vulnérabilité reste préoccupante.
Pour l’instant, aucune initiative officielle n’a été mise en place pour encadrer ou protéger ces jeunes dans leurs activités numériques.

