Le report de la marche de la coalition d’opposition C64, initialement prévue le 22 juillet, loin d’apaiser le débat politique en République démocratique du Congo, a immédiatement ravivé les lignes de fracture au sein de l’opposition.
Alors que cette décision intervient dans un contexte marqué par l’annonce d’un dialogue national inclusif porté par les Églises, les proches de l’ancien président Joseph Kabila, réunis au sein de la plateforme Sauvons la RDC, y voient un recul stratégique et lancent une offensive politique contre les autres forces de l’opposition.
Parmi les premières réactions figure celle de Seth Kikuni, membre de Sauvons la RDC, qui revendique pour sa plateforme le rôle de principale force d’opposition non armée au régime de Félix Tshisekedi.
« Il n’y a qu’une seule opposition non armée en RDC : Sauvons la RDC. C’est à cause de cela qu’elle compte le plus grand nombre de prisonniers et exilés politiques. Même leurs passeports confisqués ne sont jamais restitués. C’est Sauvons la RDC qui mettra fin à la tyrannie de Tshisekedi », affirme-t-il, dans une déclaration qui traduit la volonté de son camp de s’imposer comme le véritable porte-étendard de la contestation.
Même tonalité chez José Makila, cadre de Sauvons la RDC, qui considère le report de la manifestation comme un aveu de faiblesse.
« Le report de la manifestation du 22 juillet est une profonde désillusion pour tous ceux qui croyaient à une opposition prête à assumer le rapport de force. À l’heure de vérité, la C64 recule. Ce choix ne peut qu’alimenter le doute sur sa capacité à incarner une véritable alternative. Beaucoup y verront la confirmation qu’elle contribue davantage au maintien du statu quo qu’à son renversement. Le peuple congolais n’a pas besoin d’une opposition qui multiplie les annonces avant de battre en retraite. Il a besoin d’une opposition qui tient parole et assume ses responsabilités lorsque l’histoire l’appelle », déclare-t-il.
À l’inverse, certains responsables politiques estiment que ce report pourrait favoriser une détente du climat politique. C’est le cas de Juvénal Munubo, cadre de l’AFDC-C, qui appelle toutes les parties à éviter la surenchère.
« Alors que le report de la marche de l’opposition prévue le 22 juillet 2026 devrait être perçu comme l’un des bons signes de décrispation du climat politique avant la tenue du Dialogue national inclusif, le durcissement du ton par le lancement d’un ultimatum au pouvoir pour la tenue de ces assises au 15 août 2026 est susceptible de ne pas faciliter la désescalade. Aux acteurs du pouvoir et à ceux de l’opposition d’agir avec un sens de responsabilité. Faire monter les enchères n’est pas si important », prévient-il.
Du côté de la médiation religieuse, le porte-parole de l’Église du Christ au Congo (ECC), le pasteur Éric Senga, défend une lecture résolument positive du report de la marche. Interrogé sur l’absence de contacts avec la plateforme Sauvons la RDC, il reconnaît qu’aucune démarche n’a encore été engagée, tout en assurant qu’une feuille de route est en préparation afin d’associer progressivement l’ensemble des acteurs politiques.
Il invite chacun à éviter « une posture d’exclusion » et rappelle que le dialogue ne doit pas être considéré comme celui des Églises, mais bien comme « le processus de la nation », appelant à un « sursaut patriotique ».
Pour le porte-parole de l’ECC, la décision de la C64 constitue avant tout « une preuve de maturité ».
Il estime qu’il s’agit d’« un acte de grandeur » démontrant que la coalition sait « faire la différence entre le privilège, la lutte et l’intérêt supérieur du pays ». Selon lui, cette décision ouvre une nouvelle phase de « décrispation » indispensable à la réussite de la médiation.
Éric Senga révèle également que plusieurs dossiers sensibles, notamment ceux concernant Joseph Kabila, Corneille Nangaa et d’autres personnalités, figurent parmi les questions qui devront être abordées dans le cadre du dialogue.
Il souligne que la médiation ne peut exiger des concessions des différents protagonistes sans que chacun accepte de poser des gestes de bonne volonté, estimant que le report de la marche représente « un grand sacrifice » susceptible de renforcer la confiance entre les parties.
Insistant sur le caractère inclusif du processus, le pasteur Éric Senga conclut : « Il ne faudrait pas que dès le départ, les uns ou les autres se sentent déjà lésés.»
Une déclaration qui résume l’enjeu principal des prochains jours : convaincre toutes les composantes de la classe politique de participer à un dialogue dont la crédibilité dépendra autant de son inclusivité que de la capacité des acteurs à privilégier l’intérêt national sur les rapports de force.

