Le secrétaire général de la CENCO, Mgr Donatien Nshole, a vivement répondu au communiqué virulent publié le 23 juin par la coalition soutenant Félix-Antoine Tshisekedi, qualifiant la récente prise de position des évêques d’« acte de subversion ».
Dans une interview accordée au journaliste Stanis Bujakera, Mgr Nshole a exprimé une profonde indignation face à ce qu’il considère comme une dérive des priorités des acteurs politiques.
« Je commencerai d’abord par dire le sentiment de pitié qui m’a habité en lisant cette déclaration, de ceux qui sont censés s’occuper de la population, en ce jour où on vient de certifier plus de mille cas de morts d’Ebola et en ce temps où la situation sécuritaire est ce qu’elle est. Donc pour eux ce n’est pas leur problème », a-t-il déclaré, pointant une déconnexion entre les urgences nationales et les débats politiques.
Le prélat a également salué les voix dissidentes au sein même de la majorité, tout en dénonçant ce qu’il perçoit comme une trahison des convictions personnelles au profit d’intérêts politiques. « Je commencerai par féliciter le courage de ceux parmi eux qui ont dit non, qui ont reconnu la bassesse de cette déclaration. Et je plains les catholiques qui ont jeté dans la poubelle leur instruction chrétienne, leur éducation, au profit du pouvoir », a-t-il affirmé, dans un ton particulièrement sévère.
Réagissant aux critiques visant la CENCO, notamment celles évoquant « quelques évêques », Mgr Nshole a rejeté ce qu’il qualifie de manipulation du langage institutionnel. « Je perçois aussi dans cette déclaration une malhonnêteté intellectuelle quand on parle de « quelques évêques ». Ce sont des députés, des sénateurs qui maîtrisent la notion du quorum. Si l’Assemblée nationale se réunit et que le quorum des députés est atteint, ils ne parlent pas de « quelques députés ». Donc c’est une malhonnêteté intellectuelle de la part de ceux qui sont censés prendre les décisions sur le pays », a-t-il expliqué, établissant un parallèle entre logique parlementaire et représentativité ecclésiale.
Sur le fond des accusations de subversion, le secrétaire général de la CENCO insiste sur l’unanimité interne de l’épiscopat et dénonce une stratégie de diversion politique. « Je vous rassure que tous les évêques qui étaient là étaient unanimes. Accuser la CENCO de subversion, pour moi c’est une diversion. Ce sont les mêmes personnes qui ont applaudi la même attitude, les mêmes mots, les mêmes phrases, quand il était question du président Kabila. C’est plutôt leur inconstance, là où la CENCO est restée constante », a-t-il rappelé, mettant en avant la continuité de la position de l’Église face aux différents régimes.
Au-delà de la polémique, Mgr Nshole alerte sur la gravité de la situation nationale, évoquant un pays au bord de la rupture. « Le pays va très mal. Le pays est en danger. Mettons-nous debout. Chacun doit faire ce qu’il peut pour réunifier le pays, pour ramener la paix. C’est la préoccupation majeure de la CENCO. Personne ne peut décourager les pasteurs à prendre leur bâton pastoral pour faire leur travail », a-t-il insisté, appelant à une mobilisation morale et citoyenne.
Abordant enfin les débats sensibles autour de la Constitution et de la souveraineté nationale, le prélat n’a pas exclu l’existence de calculs politiques et géopolitiques plus larges. « Le référendum en ce moment consacre justement la balkanisation », a-t-il avancé, soulevant une hypothèse explosive dans le contexte des tensions régionales.
Il a poursuivi en développant les implications politiques de cette lecture : « La balkanisation, c’est reconnaître que quand on parle du peuple congolais qui ira au référendum sans compter le peuple du Nord et du Sud-Kivu, ça signifie qu’ils ne sont plus au Congo. »
Cette sortie de la CENCO intervient alors que l’Union Sacrée de la Nation durcit le ton, accusant certaines figures ecclésiastiques de collusion avec des forces politiques hostiles au pouvoir et rappelant le caractère laïc de l’État congolais.

