L’ancien président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, a accordé le vendredi 20 mars 2026 un entretien au quotidien belge, La Libre Belgique à Goma. Une première depuis son arrivée à goma une ville sous contrôle de l’AFC/M23.
Dans un contexte de crise sécuritaire et politique persistante dans l’Est du pays, il a abordé plusieurs sujets, notamment l’attaque de drone ayant récemment fait des victimes civiles, sa situation personnelle et l’avenir du pays.
Interrogé sur la frappe de drone survenue le 11 mars à Goma, qui a coûté la vie à une agente de l’UNICEF et à deux civils, et dont il aurait pu être la cible, Joseph Kabila a évoqué un climat de menace permanent.
« On a toujours été visé par le régime de Kinshasa. Est-ce que j’étais ciblé personnellement ? Est-ce la population congolaise qui était visée comme elle l’est depuis des mois dans le Masisi, sur les Hauts Plateaux ou partout ailleurs ? Des enquêtes sont en cours. Mais je garde le moral », a-t-il déclaré.
Concernant la levée de son immunité parlementaire et sa condamnation par la justice congolaise pour son rôle présumé dans le mouvement politico militaire de l’AFC/M23, l’ancien chef de l’État s’est dit serein.
« Je suis serein. Très serein. Je constate que partout où je passe, les responsables de ces pays me voient comme l’ancien président Kabila. Mais pour moi, l’essentiel, c’est la situation que vivent aujourd’hui notre pays et sa population », a-t-il affirmé.
Joseph Kabila a également alerté sur ce qu’il qualifie de risque de « soudanisation » de la crise congolaise.
« Beaucoup évoquent la balkanisation, moi je parle de la “soudanisation” de la crise en RDC. Il y a des points communs entre ce que traverse notre pays et ce qui a amené l’implosion du Soudan », a-t-il estimé.
S’il ne croit pas à une scission imminente du pays, il a toutefois mis en garde contre une aggravation de la situation.
« Je ne pense pas [qu’il y aura une scission], mais il faut bien reconnaître que les ingrédients sont en place. Et si on ne gère pas bien la crise, on risque d’avoir des situations qui sont tout à fait incontrôlables », a-t-il prévenu.
Pour l’ancien président, la résolution de la crise passe par une meilleure compréhension de ses causes et un choix politique clair en faveur de la paix.
« Gérer la crise, ça veut dire avoir une bonne lecture de la situation. Identifier le problème. Et par la suite, identifier les pistes de solution. Soit on continuait la guerre, soit on faisait la paix », a-t-il expliqué, en référence à son arrivée au pouvoir en 2001.
Il a défendu le choix du dialogue inclusif, qu’il considère comme une voie essentielle.
« L’option de la paix était la meilleure et passait par un dialogue inclusif avec tous les Congolais sans exception », a-t-il insisté.
Critiquant la gestion actuelle du pays, Joseph Kabila a accusé les autorités de privilégier la voie militaire.
« La guerre, c’est un choix. La paix aussi. J’avais conseillé, dès le départ, à ceux qui sont à Kinshasa d’opter pour la négociation. La réponse a toujours été “on va faire la guerre”. Cinq ans plus tard, on est toujours dans la même foutue guerre », déploré t-il.
Sa présence à Goma, ville sous l’AFC/M23, Joseph Kabila a indique qu’il est libre de mouvement et qu’il avait acheté sa maison depuis 1999.
« Goma, c’est chez moi. Je considère que je suis en droit d’être en contact et de parler avec tous les Congolais en ayant comme objectif principal la cohésion et la recherche de la paix », a-t-il affirmé.
Concernant son rôle futur, l’ancien président a appelé à une mobilisation contre ce qu’il qualifie de dérive autoritaire.
« Il faut mettre fin à cette dictature, cette tyrannie qui vient de s’installer. Les Congolais ont à leur disposition l’article 64 de la Constitution », a-t-il déclaré.
Évoquant les initiatives diplomatiques en cours, notamment à Doha et ailleurs, il a pointé un manque de coordination et de volonté politique.
« Le fait qu’il y ait une multiplication d’initiatives démontre qu’il n’y a pas eu d’harmonisation ce qui manque surtout c’est une vraie volonté politique à Kinshasa », a-t-il estimé.
Sur la question de la Constitution, Joseph Kabila a dénoncé toute tentative de révision.
« Quelle Constitution ? Elle est ignorée depuis 2019. Alors, que vont-ils réviser au juste ? (…) Tout ce tripatouillage est dangereux, extrêmement dangereux », a-t-il averti.
Revenant sur la situation politique depuis 2019, il a critiqué la gouvernance actuelle.
« Aujourd’hui, il n’y a plus de jeu politique en RDC Il faut un changement radical de ce système », a-t-il déclaré, appelant à « balayer ce système » et à renouveler la classe politique.
Enfin, il a estimé que le changement pourrait venir de la population elle-même, estimant que le peuple congolais peut se prendre en main et faire des surprise.
Joseph Kabila a dirigé la République démocratique du Congo de 2001 à 2019, après avoir succédé à son père à la tête de l’État. Son mandat a été marqué par la fin de la Deuxième guerre du Congo, la signature des accords de paix de Sun City en 2002 et l’organisation des premières élections pluralistes en 2006, qui ont conduit à la réunification progressive du pays après plusieurs années de conflit avant de céder le pouvoir au Président Félix Tshisekedi, une première passation du pouvoir civilisée historique au pays.

