Goma – L’aggravation de la crise sécuritaire dans les provinces de l’Est de la RDC, en particulier le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, a engendré une crise humanitaire dévastatrice, touchant directement plus de deux millions de personnes dans la région de Goma.
Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), des centaines de milliers de personnes ont été contraintes de fuir leur domicile, interrompant leur accès aux soins essentiels. Cette situation a aggravé les épidémies et mis en danger les personnes atteintes de maladies chroniques comme le VIH/sida, la tuberculose, l’hypertension et le diabète, dont les traitements ont été suspendus.
Quatre mois après les violents combats, une grande partie des habitants de la région peine encore à accéder aux soins de santé essentiels. L’OMS et ses partenaires affirment apporter leur soutien pour garantir la continuité des soins aux populations vulnérables. Environ 97 000 tonnes de produits médicaux ont été livrées à Goma grâce au soutien de huit partenaires, dont l’OMS. Ces produits visent à traiter des maladies comme le choléra et le paludisme, à prendre en charge les blessures, et à améliorer la nutrition, l’accès à l’eau, l’assainissement et l’hygiène.
Anne-Marie, âgée de 42 ans et déplacée dans la zone de santé de Karisimbi, a bénéficié des soins au Centre de santé Mugunga. « J’ai enduré plusieurs jours de douleurs abdominales accompagnées de saignements dans les selles. Par crainte pour ma vie, je me suis rendue au centre de santé. N’ayant aucun moyen financier pour me soigner, j’ai été agréablement surprise de recevoir une consultation et un traitement gratuits contre le choléra. »
Anne-Marie fait partie des 5 288 cas de choléra enregistrés, dont 6 décès, à travers sept zones de santé : Goma, Karisimbi, Kibirizi, Kirotshe, Masisi, Nyiragongo et Rutshuru, au 15 juin 2025. Du 1er janvier au 15 juin 2025, la RDC a rapporté 30 902 cas suspects de choléra et 664 décès, soit un taux de létalité de 2,4 %, le double du seuil de 1 % qui indique un traitement précoce et adéquat des patients atteints de choléra.

« Le choléra a explosé en raison des déplacements massifs de populations. D’autres maladies, telles que la mpox et la rougeole, suscitent également de vives inquiétudes. Ces conflits armés engendrent malheureusement de nombreuses victimes, une situation que nous déplorons profondément », explique le Dr Richard Kitenge Omasumbu, chef de la section ‘Opérations’ au Centre des opérations d’urgence de santé publique (COUSP) de la RDC.
En collaboration avec les partenaires, l’OMS soutient les actions de riposte, dont la communication des risques et l’engagement communautaire (CREC). De janvier à fin mai, 677 acteurs de la CREC, dont 630 relais communautaires (RECO), 40 influenceurs et 7 superviseurs, ont été mobilisés dans quatre zones de santé (Goma, Karisimbi, Nyiragongo, Kirotshe). Près de 3 800 dialogues communautaires ont été organisés autour des chefs traditionnels dans 22 localités pour aborder les thématiques de la mpox et du choléra, ainsi que les solutions à y apporter, notamment les mesures de prévention et la gestion hygiénique des latrines. Plus de 78 000 ménages ont été atteints dans ces quatre zones, et près de 350 000 personnes sensibilisées au Nord et au Sud Kivu. Au Nord-Kivu, 375 vendeurs du marché de Shasha ont été sensibilisés sur les mesures de prévention du choléra.
Depuis, plus de 2 000 alertes communautaires ont été signalées, et ces actions ont également favorisé l’adhésion aux mesures de prévention, facilitant la vaccination des personnes d’une année et plus, notamment dans les zones à forte transmission telles que le site minier de Lihihi au Sud-Kivu, où 8 000 personnes ont été vaccinées contre le choléra en décembre 2024.
L’appui de l’Organisation à la réponse communautaire a permis de réduire de plus de 60 % l’incidence de la maladie par rapport à la même période de l’année dernière, soit 4 902 cas en 2025, contre 12 535 cas en 2024. Du 1er janvier au 15 juin 2025, 4 670 patients atteints de choléra ont été pris en charge gratuitement grâce au soutien de l’OMS dans les zones de santé de Goma, Kirotshe, Karisimbi et Nyiragongo. L’Organisation a fourni des kits choléra pour la prise en charge dans quatre zones de santé du Nord-Kivu et a assuré le fonctionnement de deux centres de traitement du choléra (CTC) pour la gestion du personnel soignant.

