Les effets dévastateurs des attaques sanglantes perpétrées par les terroristes des Forces Démocratiques et Alliés (ADF/MTM) et d’autres groupes armés continuent de ravager la province du Nord-Kivu, dans l’Est de la RDC, laissant derrière elles un nombre incalculable de morts.
Parmi les victimes se trouvent trois jeunes filles, élèves du secondaire, vivant sous le même toit dans la ville de Beni, dont une est une orpheline de 18 ans, ayant perdu ses parents et son frère lors d’une incursion des terroristes ADF en mai 2018. Originaire de Mbau-Mangboko, à une vingtaine de kilomètres de Beni, elle a trouvé refuge chez une amie de 20 ans, dont la mère vend des bananes plantains. Pour survivre, ces filles se livrent à la prostitution.
“Surnommée Nicky, je suis venue de Mbau pour échapper aux massacres des ADF qui ont coûté la vie à mes parents. Je vis chez mon amie et sa mère, également veuve. Elle n’a pas les moyens de nous soutenir seule. Il nous faut de l’argent pour les produits d’hygiène, les fournitures scolaires et autres”, explique Nicky.
Chantal (nom d’emprunt), âgée de 20 ans, témoigne de son côté : “Nous ne travaillons pas dans une maison close. C’est le gérant qui nous signale quand il y a un client. Après l’acte, il nous remet nos 5 000 francs congolais.”

Consciente des risques de maladies sexuellement transmissibles et de grossesse non désirée, Nicky estime qu’il est difficile pour elle de jongler entre la prostitution et ses études : “En moins d’une heure, je peux gagner mes 5 000 francs congolais et retourner à l’école s’il y a une interrogation ou si un enseignant est particulièrement strict.”
Malgré leur désir de terminer leurs études, ces filles déplorent leur situation. « J’aime vraiment obtenir mon diplôme. Quitter un bordel pour aller à l’école, je ne pourrais pas le faire. Je préfère garder ça secret », ajoute Nicky.
Chantal, dans une anecdote poignante, se remémore : “Un jour, un homme d’une trentaine d’années m’a demandé si je couchais avec lui par amour ou pour son argent. Je lui ai répondu que ce n’était pas mon petit ami, mais que j’avais besoin d’argent. Sans un mot de plus, il m’a donné 20 000 Fc et m’a dit de partir. Je n’oublierai jamais cet instant.”
Ces jeunes filles, malgré leur vie difficile, restent déterminées à réaliser leurs rêves. Mais la montée de la prostitution, surtout parmi les jeunes déplacées de guerre, constitue un défi majeur. Face à cette réalité, la responsabilité de l’État est plus que jamais engagée en tant que protecteur moral de la société.
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