Un nouveau rapport publié par l’Oakland Institute affirme que l’accord de « paix » signé en juin dernier entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, sous l’égide des États-Unis, ne vise pas à instaurer une paix durable, mais à « perpétuer le pillage » des ressources congolaises au profit d’intérêts étrangers.
Intitulé Floués ! La ruée vers les minéraux critiques en RDC, le document — dont la publication intervient alors que se tient à Washington la troisième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité (JSCM) — accuse les États-Unis d’avoir « blanchi » les minerais congolais à travers le Rwanda.
« Indiscutablement, l’implication des États-Unis dans les affaires congolaises a toujours été liée à un objectif : garantir l’accès aux minéraux critiques », déclare Frédéric Mousseau, co-auteur du rapport et directeur des politiques à l’Oakland Institute.
« Il s’agit d’un accord gagnant-perdant qui favorise les intérêts miniers américains et offre une prime au Rwanda pour des décennies de pillage des ressources congolaises. »
Selon l’étude, les exportations de tantale extrait du coltan du Rwanda vers les États-Unis ont été multipliées par quinze entre 2013 et 2018, « malgré la production limitée » du pays.

L’Institut y voit une conséquence directe de la complaisance américaine face aux agissements du M23, soutenu par Kigali.
Pour Andy Currier, analyste politique à l’Institut et co-auteur du rapport, « les Congolais vont continuer de subir les coûts sociaux et environnementaux de l’extraction minière, tandis que le Rwanda récoltera les bénéfices de la transformation et de l’exportation des ressources de son voisin ».
Le rapport pointe également la présence, au cœur de la mise en œuvre de l’accord, de James Kabarebe, ministre rwandais de l’Intégration régionale, sanctionné début 2025 par le Trésor américain pour son rôle présumé dans le soutien au M23 et l’exportation illégale de minerais.
L’Oakland Institute estime que l’intégration régionale négociée par Washington vise à structurer deux corridors d’exportation :
l’un via le Rwanda, pour les minerais issus des zones de conflit de l’Est, et l’autre via le corridor de Lobito (Angola) pour le cuivre et le cobalt du Sud, soutenu par un prêt américain de 553 millions de dollars.
« La paix et la prospérité ne viendront que lorsque les Congolais, et non les puissances étrangères, définiront les conditions de l’avenir du pays », conclut Maurice Carney, directeur exécutif de Friends of the Congo, cité dans le rapport.
Depuis la signature de l’accord de « paix », plus de 1 000 civils auraient été tués dans l’Est de la RDC, selon les données compilées par l’Institut, qui estime que « la guerre n’a jamais cessé ».
La publication de ce rapport intervient alors que, les 21 et 22 octobre, Washington a accueilli la troisième réunion du Mécanisme conjoint RDC–Rwanda (JSCM), réunissant des représentants des deux pays, des États-Unis, du Qatar et de l’Union africaine, pour faire avancer la mise en œuvre de l’accord de paix de juin 2025.
Objectif : neutraliser les FDLR et lever les mesures défensives du Rwanda.
La prochaine session du JSCM est prévue les 19 et 20 novembre 2025.

