En visite sur le site de Mangina, qui accueille près de 3 000 déplacés, Damien Mama, nouveau Coordonnateur humanitaire de l’ONU en RDC, a été interpellé par des femmes qui ne demandent plus seulement de l’aide, mais la paix pour pouvoir rentrer et cultiver leurs champs.
Elles n’ont pas demandé de vivres. Elles ont demandé la paix.
C’est le message lancé par les femmes déplacées de Mangina à Damien Mama, nouveau Représentant spécial adjoint du Secrétaire général de l’ONU et Coordonnateur humanitaire en RDC, lors de sa première mission à Beni, vendredi.
Sur le site de déplacés de Mangina, qui abrite environ 3 000 personnes ayant fui les attaques des ADF, les femmes l’ont interpellé directement :
« Monsieur le Coordonnateur humanitaire, nous vous remercions pour l’aide humanitaire qu’il faut nous apporter. Mais nous voulons que vous fassiez le plaidoyer auprès des hautes autorités et de la communauté internationale pour que la paix et la sécurité reviennent dans nos communautés, parce que nous voulons retourner chez nous. Nous voulons retourner sur nos terres et cultiver, nous voulons reprendre nos activités économiques. »
Un cri du cœur que le haut responsable onusien dit avoir entendu. Il promet de le porter à Kinshasa et au niveau international.
Cette visite à Mangina et à la cour royale, où vivent des familles autochtones déplacées à la suite des tueries, a constitué le temps fort d’une mission sous haute tension.
Nommé récemment, Damien Mama a choisi Beni alors que la région fait face à une triple crise : violences des ADF, déplacements massifs et résurgence d’Ebola.
Avant Mangina, Damien Mama s’est rendu à Mbau, dans une aire de santé appuyée par Première Urgence Internationale grâce au fonds humanitaire de l’ONU.
Là, le discours se veut rassurant pour les bailleurs.
« J’ai été très touché de voir que le fonds humanitaire sert concrètement à assister les populations », a-t-il déclaré.
La fréquentation du centre est passée de 600 à 1 500 malades par mois, avec 258 accouchements sécurisés en quatre mois.
« C’est l’occasion de remercier les partenaires. Leur argent est bien utilisé, leur argent atteint le dernier kilomètre », a-t-il insisté, ajoutant que les bénéficiaires lui ont dit : « Quand le projet va prendre fin, assurez-vous que vous le renouveliez. »
Ebola et faim : un même défi
La mission s’est achevée par la visite du Centre de traitement Ebola de Beni, géré par MSF, et par une rencontre avec les autorités judiciaires sur la surpopulation carcérale et les violences sexuelles.
Sur Ebola, le constat est sombre : 16 zones de santé sont affectées au Nord-Kivu et la situation est jugée « inquiétante ».
« Il faut que toutes les seize zones aient chacune un centre de traitement. Il faut redoubler d’efforts », a alerté Damien Mama.
Pour lui, on ne peut pas demander à une population affamée de respecter les règles sanitaires.
« Une personne qui a faim n’est pas en mesure de respecter les règles de santé publique. Et une maman qui a dû rester à l’hôpital pendant plusieurs semaines pour assister son enfant a probablement perdu ses moyens d’existence. Il faut un paquet intégré », a-t-il plaidé.
Un constat qui résume le dilemme de Beni : soigner Ebola sans sécurité ni nourriture reste impossible.







