La tension politique monte d’un cran dans la province du Sud-Kivu, dans l’est de la République démocratique du Congo, où le gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki, nommé sous l’administration de Kinshasa, fait face à une contestation institutionnelle majeure. Dix-huit députés provinciaux ont déposé mardi une motion de censure contre l’exécutif provincial, accusant le gouverneur de mauvaise gestion, d’opacité financière et de détournements présumés de fonds publics.
Le document, officiellement transmis au bureau de l’Assemblée provinciale siégeant à Uvira, s’appuie sur les dispositions constitutionnelles et légales régissant la libre administration des provinces. Les signataires invoquent notamment la loi organique relative aux provinces ainsi que le règlement intérieur de l’Assemblée.
Au cœur des accusations figurent plusieurs dossiers sensibles. Les élus provinciaux évoquent notamment la disparition présumée de dix lingots d’or totalisant 15,712 kilogrammes, ainsi que le détournement de véhicules provinciaux lors du redéploiement des services de l’exécutif à Uvira après la chute de Bukavu.
Ils citent également des allégations de gestion irrégulière de fonds publics, estimant à environ 5,5 millions de dollars américains les dépenses mensuelles présumées hors cadre légal depuis l’entrée en fonction du gouverneur, soit près de 44 millions de dollars sur huit mois, entre juin 2024 et février 2025.
D’autres fonds sensibles sont également mentionnés, notamment une enveloppe de 700 000 dollars destinée à l’identification des combattants dits Wazalendo sur différents fronts, ainsi que le programme STAR-EST, doté de 90 millions de dollars financés par la Banque mondiale et logés à la Rawbank pour des projets dans les territoires de Kalehe, Fizi, Uvira et Mwenga.
Les députés dénoncent par ailleurs une « léthargie administrative » et l’absence d’investissements publics visibles dans la province, malgré les ressources mobilisées.
Cette initiative parlementaire intervient dans un contexte politique tendu au sein de l’Union sacrée, sur fond de tensions au sein du parti AFDC du sénateur Bahati Lukwebo, après sa déclaration contre la révision de la Constitution.
Le gouverneur Jean-Jacques Purusi, membre de l’AFDC et en fonction depuis le 28 juin 2024, n’a pas encore officiellement réagi à ces accusations.

