Près de cinq ans après son instauration, l’état de siège en Ituri continue de susciter de vives critiques. À Bunia et dans plusieurs territoires environnants, la situation sécuritaire demeure préoccupante, marquée par des violences persistantes et une crise humanitaire qui s’aggrave.
Pour le notable Obed Byaruhanga, le constat est sans appel : cette mesure exceptionnelle n’a pas atteint ses objectifs.
Selon lui, loin de ramener la paix, l’état de siège a laissé s’installer une crise durable, caractérisée par une explosion du nombre de déplacés internes. « Aujourd’hui, l’Ituri compte plus de 1,6 million de déplacés répartis dans plus de 70 sites. Ces populations vivent sans assistance suffisante, sans sécurité et sans espoir de retour », déplore-t-il.
Dans la ville de Bunia, plusieurs sites continuent d’accueillir des milliers de familles en détresse, notamment Kigonze, ISP/Bunia, Bembey, Telega et Salama. Dans le territoire de Djugu, des zones comme Plaine Savo, Bule, Djaiba, Rhoe et Lodha restent parmi les plus touchées par l’insécurité et les déplacements massifs.
Obed Byaruhanga attire particulièrement l’attention sur la situation critique des déplacés de Plaine Savo et de Bule. Il affirme que ces populations vivent dans des conditions extrêmes, privées de liberté de mouvement et d’accès aux moyens de subsistance.
« Des familles entières survivent difficilement, certains passent des jours sans manger, et les malades n’ont pas accès aux soins », souligne-t-il, qualifiant la situation d’inhumaine.
Par ailleurs, les violences armées continuent de faire des victimes, notamment lors d’attaques attribuées aux miliciens de la CODECO, qui ont causé de nouveaux déplacements et pertes en vies humaines.
Le notable estime que les déplacés restent les premières victimes de cette insécurité persistante.
Il dénonce également des dysfonctionnements au sein du dispositif sécuritaire, évoquant des cas de complicités impliquant certains éléments des forces de défense dans des activités illégales liées à l’exploitation de l’or.
Il pointe en outre un manque de transparence dans la gestion des ressources locales issues des taxes sur les produits pétroliers.
Face à cette situation, Obed Byaruhanga appelle les autorités à revoir en profondeur le dispositif de l’état de siège et à privilégier des solutions durables.
Il insiste sur la lutte contre l’impunité, le démantèlement des réseaux de complicité et le retour sécurisé des déplacés. « Les populations de l’Ituri n’attendent plus des promesses. Elles veulent la paix, la sécurité et des conditions de vie dignes », conclut-il.

