Fondé dans les années 1980, le marché d’œuvres d’art de Kalukuluku, situé dans la commune de Ruashi à Lubumbashi, dans la province du Haut-Katanga, fut jadis l’un des pôles touristiques les plus vivants de la région.
Aujourd’hui, ce haut lieu de création artistique locale traverse une crise profonde, marquée par la chute de la clientèle, l’absence d’acheteurs étrangers et un sentiment d’abandon exprimé par les artisans.
Installé à environ 25 minutes du centre-ville, le marché reste un sanctuaire de savoir-faire traditionnel. Bijoux, sculptures, masques, antiquités, objets décoratifs et pièces de collection y sont exposés, façonnés dans le cuivre, la malachite, le bois ou le bronze, autant de matériaux emblématiques du patrimoine katangais.
Comme le confie un artisan :
« On fait des sculptures en malachite, en cuivre, en bronze, en bois, il y a plusieurs œuvres d’art : les cendryons, les jeux d’échec en malachite, il y a des cartes, il y a beaucoup des choses. »
Mais derrière cette richesse artistique se cache une réalité sombre. Autrefois animé par des visiteurs venus d’Europe, notamment de France et de Belgique, le marché souffre aujourd’hui d’un manque criant de touristes. Les vendeurs dénoncent une dépendance quasi totale au tourisme.
« Nous avons des difficultés dans notre travail. Dans ce travail ici, ça dépend du tourisme. Dans notre pays avec le tourisme, on se bat toujours. Pour le moment nos clients sont des Congolais en majorité qui viennent acheter nos œuvres d’art selon les fêtes, le commerce. »
À ces difficultés s’ajoutent des obstacles administratifs et financiers, notamment lors des voyages internationaux.
Plusieurs artisans affirment que des frais excessifs à l’aéroport international de Luano découragent les acheteurs.
« Le problème est quand ils veulent voyager avec ces œuvres d’art, à l’aéroport on leur arrache ces objets. Il peut avoir acheté un objet de 20 dollars, à l’aéroport, pour voyager avec on lui demande 100 dollars. Au lieu de payer ces 100 dollars pour un objet de 20 dollars, il décide seulement de le casser. Actuellement maintenant, on se retrouve sans client. On peut rester toute une journée sans aucun client. »
La pénurie de matières premières aggrave la situation. L’accès à la malachite, ressource essentielle, est limité en raison de la domination des exploitations minières par de grands acteurs économiques.
« On n’a plus de visiteurs, des clients ni des touristes… pour le moment on comptait sur les Chinois, mais actuellement toutes les carrières sont entre leurs mains pour avoir la malachite. »
Face à cette lente disparition d’un patrimoine culturel vivant, responsables du marché et artistes lancent un appel pressant aux autorités provinciales et nationales. Ils demandent des mesures concrètes pour restaurer l’attractivité touristique du site, faciliter l’exportation des œuvres et soutenir la filière artisanale.
Le marché d’art de Kalukuluku demeure un symbole de l’identité culturelle locale. Sa survie dépend désormais d’une volonté politique, d’une stratégie touristique ambitieuse et de la reconnaissance du rôle essentiel des artisans dans la valorisation du patrimoine congolais.

