À la veille de l’entrée en vigueur du cessez-le-feu annoncé sous l’égide du président angolais João Lourenço, de nombreuses zones d’ombre subsistent.
Selon Claudel Lubaya, ancien député national et figure politique de la République démocratique du Congo, des interrogations demeurent quant à la cohérence du processus et à la capacité de la médiation à s’imposer comme une autorité forte, impartiale, capable de définir et de faire respecter une ligne claire par toutes les parties concernées.
« La première question concerne la base juridique et politique du mandat de l’Angola. De quelle instance ce mandat procède-t-il ? Est-il le fruit d’une décision formelle de l’Union africaine, d’une organisation régionale, ou d’un mécanisme ad hoc ? La nature, l’étendue et les limites de ce mandat doivent être clairement établies. Car la force d’une médiation repose avant tout sur la clarté de sa légitimité. Quel est le degré réel d’indépendance de la médiation angolaise vis-à-vis du gouvernement de Kinshasa ? Cette médiation agit-elle dans le strict cadre d’un mandat institutionnel clairement défini (par quelle instance ?), ou s’inscrit-elle dans une dynamique d’ententes politiques préalables entre chefs d’État ? La question mérite d’être posée, car toute médiation crédible repose sur une neutralité incontestable », a déclaré Claudel Lubaya dans un communiqué.
Il explique que, dans l’hypothèse où le président angolais agirait sur la base d’un mandat issu d’un cadre ad hoc impliquant certaines parties prenantes directement concernées par le conflit, une telle configuration soulèverait des interrogations légitimes et risquerait d’éroder les garanties d’impartialité et d’équilibre indispensables à la réussite de la mission.
« En tout état de cause, la question de l’impartialité constitue un autre enjeu central du futur dialogue entre Congolais. La médiation doit être perçue comme pleinement indépendante et strictement équidistante des parties en conflit.
Si elle s’inscrit dans un cadre où certaines parties exercent une influence directe ou indirecte sur son orientation, sa crédibilité s’en trouverait fragilisée, compromettant ainsi la confiance indispensable à l’instauration d’un dialogue sincère et à l’aboutissement d’une solution durable », a renchéri le président de l’Union des démocrates africains (UDA).
Par ailleurs, des interrogations légitimes subsistent quant au devenir du processus de Doha, qui avait engagé plusieurs acteurs dans une dynamique structurée de dialogue.
« Ce processus a-t-il été formellement clôturé, suspendu ou demeure-t-il en vigueur ? Dans l’hypothèse où il conserve une validité politique, quels en sont les acquis concrets et de quelle manière ceux-ci sont-ils pris en compte, le cas échéant, dans le cadre de la nouvelle dynamique de médiation ? À maintes reprises, l’opinion publique a vu le gouvernement congolais et le groupe AFC/M23 se rencontrer dans le cadre du processus de Doha, donnant lieu à la signature d’accords, de déclarations de principe, ainsi qu’à la mise en place de mécanismes de suivi et de surveillance du cessez-le-feu. Les deux parties ont également co-signé des communiqués officiels saluant les avancées enregistrées et se félicitant des efforts de facilitation entrepris par le gouvernement qatari », s’interroge Claudel Lubaya.
Dans ce contexte, une clarification s’impose de la part de la médiation angolaise : ces garanties seront-elles établies en amont, afin de créer un climat de confiance propice à l’ouverture des discussions ?
Pour Claudel Lubaya, la décision du président Félix Tshisekedi de ne pas associer la CENCO et l’ECC à ces assises suscite des interrogations légitimes quant à l’équilibre et au caractère réellement inclusif du processus engagé.
L’Angola, en assumant ce rôle, porte une responsabilité historique. Il lui appartient de dissiper toute ambiguïté, d’affirmer son indépendance et de garantir un processus crédible, transparent et équitable, a conclu Claudel Lubaya.

