Bintou Keita, Représentante spéciale du Secrétaire général de l’ONU et cheffe de la MONUSCO, a souligné lors de sa présentation le 30 septembre au Conseil de sécurité à New York que la consolidation de la paix en République démocratique du Congo (RDC) reste un défi majeur.
Elle a pointé un fossé persistant entre les résolutions internationales et la réalité vécue par les populations de l’Est du pays.
La paix reste largement théorique. Les avancées inscrites sur le papier ne se traduisent pas dans la vie quotidienne, où les violences persistent, a-t-elle déclaré en présentant le rapport trimestriel sur la situation en RDC.
Mme Keita a alerté sur la chute des financements humanitaires, les aides devenant de plus en plus insuffisantes pour faire face aux besoins des populations touchées par la guerre. Au 8 septembre, le Plan humanitaire 2025, d’un budget de 2,54 milliards de dollars pour 11 millions de bénéficiaires, n’était couvert qu’à hauteur de 14,8 %, laissant un déficit de 60 % par rapport à l’an passé. Le financement prioritaire révisé de 1,25 milliard de dollars, destiné aux populations les plus vulnérables, reste également gravement sous-financé.
La cheffe de la MONUSCO a salué les démarches diplomatiques, notamment les pourparlers de Doha et de Washington, ainsi que la signature en juillet dernier d’une déclaration de principe entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23.
Cependant, la violence continue de sévir : depuis juin, 1 087 civils ont été tués en Ituri et au Nord-Kivu.
Au Conseil, les membres ont unanimement déploré l’écart entre décisions et réalité. La situation humanitaire reste critique, les violences persistent et les restrictions à la liberté de mouvement de la MONUSCO compliquent l’action de la Mission, notamment avec la fermeture des aéroports de Goma et Kavumu.

La RDC et le Rwanda se sont mutuellement accusés de graves violations. Kinshasa a dénoncé les crimes de masse contre sa population et a demandé à la communauté internationale de considérer ces exactions comme un génocide, appelant à des sanctions ciblées.
De son côté, le Rwanda a rappelé l’importance de la mise en œuvre sincère des accords de Washington et de Doha, tout en critiquant le rapport de l’ONU pour sa partialité, et a réclamé le retrait des FDLR du territoire congolais.
Face à 7 millions de déplacés internes, 1,2 million de réfugiés dans les pays voisins et 28 millions de personnes vulnérables, dont 5 millions d’enfants souffrant de malnutrition, la France a annoncé l’organisation prochaine à Paris d’une réunion internationale pour coordonner les initiatives humanitaires et de paix.
Mme Keita et les membres du Conseil ont insisté sur le fait que seule une mise en œuvre réelle des accords et le respect de la souveraineté de la RDC permettront aux promesses diplomatiques de se traduire en bénéfices tangibles pour les populations.
Les communiqués ne suffisent pas ; des mesures concrètes sont indispensables, a martelé la cheffe de la MONUSCO, rappelant que la confiance est aujourd’hui l’élément le plus rare pour instaurer la stabilité dans l’Est du pays.

