Le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) a publié ce mardi 7 avril 2026 à Goma un rapport humanitaire indépendant sur l’Accord de Washington, dans lequel il dénonce de profondes contradictions entre le discours officiel de Kinshasa sur la traque des FDLR et la réalité observée sur le terrain dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Dans ce document présenté à la presse, le CIDHC estime que l’annonce par les FARDC, le 29 mars à Kisangani, d’une opération de neutralisation des FDLR « soulève une question fondamentale sur la sincérité de la démarche sécuritaire ».
« Présentée comme une avancée majeure vers la stabilisation de l’Est du pays, cette opération soulève en réalité une question fondamentale : parle-t-on d’une action sincère de sécurisation, ou d’une mise en scène politique destinée à masquer une crise profonde de cohérence et de vérité ? », interroge le consortium.
Le rapport souligne que, malgré cette annonce officielle, des mouvements désordonnés de troupes, des zones abandonnées puis reprises, ainsi que des accusations répétées de violations du cessez-le-feu, notamment dans le territoire de Lubero, contredisent la version gouvernementale.
Le CIDHC pointe surtout une contradiction dans la communication officielle de Kinshasa. Alors que plusieurs responsables gouvernementaux, dont les ministres Julien Paluku et Patrick Muyaya, avaient affirmé qu’« il n’existait plus de FDLR sur le sol congolais », les mêmes autorités annoncent désormais une traque de ces combattants.
« Ce n’est pas une simple contradiction. C’est une rupture de crédibilité. C’est un mensonge d’État », affirme le consortium, qui assure que ses enquêtes « démontrent sans ambiguïté la présence active, organisée et persistante des FDLR sur le territoire congolais ».
Selon le rapport, la situation serait encore plus préoccupante dans certaines zones de conflit, où des éléments FDLR opéreraient aux côtés des FARDC comme forces supplétives, tandis que d’autres auraient intégré certaines structures militaires à des niveaux stratégiques.
« Des éléments des FDLR opèrent aux côtés des FARDC sur plusieurs lignes de front. Des éléments des FDLR ont infiltré certaines structures militaires, y compris à des niveaux stratégiques du commandement », insiste le CIDHC.
Le consortium cite également le témoignage d’un haut officier des FARDC basé à Kisangani, selon lequel l’annonce de la traque constituerait en partie « une stratégie de diversion destinée à tromper la vigilance de la communauté internationale et du Rwanda ».
Au-delà des contradictions politiques, le CIDHC affirme documenter des massacres, disparitions forcées, violences systématiques, incendies de villages, pillages et graves violations des droits humains dans plusieurs zones où opèrent ces groupes armés.
« Quelle traque, lorsque ceux que l’on prétend poursuivre sont parfois ceux avec qui l’on combat ? Quelle traque, lorsque l’ennemi est à la fois désigné… et intégré ? », questionne encore le rapport.
Face à cette situation, le consortium formule plusieurs recommandations : publication d’un inventaire officiel des éléments FDLR, mise en place d’une commission d’enquête indépendante et rupture totale de toute collaboration avec les FDLR.
« Le temps du déni est terminé. Dites la vérité. Agissez avec courage », lance le CIDHC aux autorités congolaises, tout en appelant la communauté internationale à « exiger des résultats concrets, mesurables et immédiats ».
Le consortium estime que la question des FDLR constitue aujourd’hui un test majeur de crédibilité pour l’État congolais, avertissant que sans vérité, justice et réforme profonde des FARDC, l’Accord de Washington risque de demeurer « un accord de plus sur le dos des populations qui souffrent ».

