Dans un entretien accordé au média The New York Times à Goma, l’ancien président congolais Joseph Kabila s’est présenté comme un homme retiré du pouvoir et tourné vers la terre, tout en revenant sur son héritage politique et la crise actuelle en République démocratique du Congo.
« Je suis avant tout un agriculteur », a déclaré Joseph Kabila, se décrivant comme un homme humble malgré les accusations récurrentes de détournement de fonds et d’enrichissement illicite portées contre son entourage durant ses dix-huit années au pouvoir.
L’ancien chef de l’État a rejeté ces accusations, alors que plusieurs enquêtes ont évoqué un vaste système de prédation économique dans un pays parmi les plus pauvres du monde.
Revenant sur la présidentielle de 2018 et sur la transition qui a conduit à l’arrivée au pouvoir de Félix Tshisekedi, Joseph Kabila a laissé entendre qu’un arrangement politique avait structuré cette succession.
« Nous, forts de notre sagesse, pensions que pour que la situation reste aussi stable qu’elle l’était, il était important que le président dispose de la majorité et qu’une coalition soit formée. Et c’est l’accord qui a été signé », a-t-il affirmé, semblant confirmer l’existence d’un compromis politique autour du scrutin contesté de 2018.
Sept ans plus tard, l’ancien président reconnaît toutefois des erreurs dans la gestion de cette transition.
« On peut jouer avec beaucoup de choses, mais pas avec la direction d’un pays. Avec le recul, ce sont des choses que nous aurions pu et dû changer », a-t-il admis.
Joseph Kabila a également rejeté les accusations de répression politique sous son régime, alors que plusieurs anciens activistes et opposants continuent de dénoncer les arrestations et poursuites dont ils avaient fait l’objet à l’époque.
Interrogé sur un éventuel retour à la magistrature suprême, l’ancien président est resté prudent, sans fermer totalement la porte.
« Non, ce n’est pas un oui. Ce dont le Congo a besoin, ce sont des patriotes, des gens capables de le remettre sur les rails », a-t-il répondu, après avoir dressé un constat sombre de la situation actuelle du pays.
Installé à Goma, dans une zone sous influence de l’AFC/M23, Joseph Kabila apparaît plus que jamais au centre des spéculations sur l’avenir politique de la RDC. Son discours, mêlant regrets, justifications et patriotisme assumé, relance le débat sur son rôle dans la recomposition politique en cours face au pouvoir de Félix Tshisekedi.
Arrivé au pouvoir en 2001 après l’assassinat de son père Laurent-Désiré Kabila, Joseph Kabila avait quitté la présidence en 2019 après un scrutin longtemps contesté.

