La justice belge a décidé de renvoyer Étienne Davignon devant le tribunal correctionnel. Ancien diplomate, il est soupçonné d’avoir joué un rôle dans les décisions ayant conduit à l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, le 17 janvier 1961, ancien Premier ministre congolais.
Selon RFI, cette décision, encore susceptible d’appel, marque une étape importante dans une procédure judiciaire entamée il y a plus d’une décennie, à la suite d’une plainte déposée en 2011 par les enfants de Lumumba.
D’après l’enquête, le parquet belge reproche à Étienne Davignon des faits qualifiés de crimes de guerre, notamment torture, traitements inhumains et implication dans une entreprise criminelle liée à la mort de Lumumba. Âgé de 93 ans, Étienne Davignon rejette ces accusations.
Une quête de vérité pour la famille
Réagissant à cette avancée judiciaire, la fille de Patrice Emery Lumumba a insisté sur le sens de leur combat. Selon elle, la famille ne cherche pas à se venger, mais à faire éclater la vérité. Elle a souligné que connaître les circonstances exactes de la mort de son père est essentiel, non seulement pour les proches, mais aussi pour les citoyens congolais.
« Ça fait des années qu’on se pose des questions, ça fait des années qu’il y a eu des rapports de la commission belge et des années qu’on souhaiterait avoir plus de lumière et la vérité. Ce que nous cherchons ce n’est pas une vengeance, parce que la vengeance ne nous ramènerait pas notre père mais surtout de connaître la vérité. C’est surtout important pour nous en tant que famille mais en tant que citoyenne congolaise parce que Patrice Lumumba fait partie intimement de l’histoire des années soixante, c’était le Premier ministre et il est mort pour ses idées et pour les valeurs de cette république donc c’est très important qu’on puisse au moins, espérant qu’on peut y arriver parce que Monsieur Davignon est quand même assez âgé », a-t-elle déclaré.
Elle a également mis en avant la portée symbolique de cette procédure : voir l’ancienne puissance coloniale reconnaître ses responsabilités constituerait un acte fort de justice et de mémoire.
« Il y aura côté symbolique, on représente une partie de l’histoire, c’est très important qu’en fin que l’ex-colonie accepte, puis admette qu’il y ait des responsabilités qui ne sont pas très réjouissantes et qu’on puisse symboliquement accepter qu’il y ait justice contre ce genre de pratique parce que c’est un assassinat, c’est un crime d’État. M. Davignon a des responsabilités depuis très jeune jusqu’à aujourd’hui, donc ce n’était pas non plus n’importe qui ».
Kinshasa appelle à toute la lumière.
Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a réaffirmé que l’assassinat de Lumumba reste une plaie ouverte et exige que toute la lumière soit faite, sans complaisance, pour établir clairement les responsabilités, qu’elles soient individuelles, institutionnelles ou historiques.
« La République démocratique du Congo, si je peux me permettre, rappelle que l’assassinat de Patrice Emery Lumumba ne relève pas du passé mais demeure une blessure vive et profonde à la mémoire individuelle et collective nationale et internationale au regard de l’ampleur de l’action et de l’impact du combat de l’homme. Nous souhaitons que les responsabilités, tant individuelles qu’institutionnelles voire historiques, soient pleinement établies. Pour nous, il faut que toute la lumière soit faite, de sorte que tous les acteurs encore en vie ou les institutions impliquées dans cette mort, pour des pratiques qualifiées de crimes de guerre, puissent être identifiés et que les conséquences en soient tirées. Il en va aussi de la nécessité de faire un travail de mémoire pour savoir exactement ce qui s’est passé ce soir-là, le 17 janvier 1961 », a-t-il déclaré.
Un tournant judiciaire attendu
Si le procès se tient, il pourrait constituer une première historique : examiner directement le rôle de responsables de l’ex-puissance coloniale dans l’assassinat de Patrice Emery Lumumba.
Plus de soixante ans après les faits, l’affaire continue de symboliser les tensions entre mémoire, justice et responsabilité historique entre la Belgique et la République démocratique du Congo.
Kethia RUGAMIKA

