Des centaines d’habitants de la cité de Minembwe, dans les hauts plateaux du territoire de Fizi au Sud-Kivu, ont manifesté le vendredi 6 février 2026.
Dans un mémorandum adressé au Département d’État des États-Unis, ces habitants expriment leurs vives inquiétudes auprès du secrétaire d’État américain, Marco Rubio, face à la persécution continue qu’ils disent subir.
« Notre message est simple et urgent : la paix en République démocratique du Congo ne peut être atteinte en ignorant les causes profondes de la violence ni en soutenant un système de gouvernance qui cible les civils en toute impunité », peut-on lire dans la déclaration.
Pour la communauté Banyamulenge vivant à Minembwe, toute implication américaine visant la stabilité doit commencer par une compréhension honnête des causes profondes du conflit.
« L’échec historique de la gouvernance et la contestation de nos droits à la citoyenneté. Cette question est exploitée par les élites politiques à des fins populistes, entraînant la persécution et des massacres génocidaires des Banyamulenge, une minorité chrétienne tutsi autochtone en RDC. Les décisions qui contournent cette réalité par la pression politique, des raccourcis militaires ou des récits sélectifs n’atténuent pas la violence », explique-t-il dans cette lettre adressée au secrétaire d’État américain.

La communauté Banyamulenge rappelle que durant huit ans, sous le contrôle du gouvernement congolais, Uvira a servi de base pour des attaques contre les Banyamulenge et de point de lancement de la violence à Minembwe.
« Le gouvernement de Kinshasa a collaboré avec plus de 100 groupes de milices et a réussi à détruire :
– plus de 90 % de nos églises ;
– environ 80 % de nos villages ;
– environ 600 000 têtes de bétail pillées, détruisant nos moyens de subsistance ;
– plus de 85 % de nos maisons, écoles et structures d’ONG systématiquement ciblées », explique-t-il.
Avant l’arrivée de l’AFC-M23, l’armée burundaise et les milices Wazalendo, alliées à l’armée congolaise, avaient instauré un blocus humanitaire sur Minembwe, privant la population d’accès aux médicaments et à d’autres produits de première nécessité comme le sel et l’huile.
La prise d’Uvira par l’AFC-M23 avait permis la levée de ce blocus, une situation qui n’a pas tardé à se détériorer à nouveau suite à la décision des États-Unis demandant aux combattants de l’AFC-M23 de quitter Uvira.
« La décision des États-Unis, bien qu’intentionnée pour créer un chemin vers la paix, a permis à certains des groupes armés les plus abusifs et à l’armée gouvernementale de perpétrer des attaques contre la minorité chrétienne Banyamulenge. Des enquêtes indépendantes sont urgemment nécessaires », plaide la communauté Banyamulenge.

Dans ce mémorandum, les Banyamulenge estiment que l’implication des États-Unis dans le cas d’Uvira n’a pas protégé le peuple Banyamulenge.
Selon eux, la décision américaine a permis des crimes contre l’humanité par les gouvernements congolais et burundais.
« Nous appelons les États-Unis à cesser de financer et de légitimer un système qui nourrit la haine et la violence. Le soutien financier, militaire et diplomatique continu au gouvernement congolais, sans contrôle strict, crée une complicité indirecte dans les crimes commis sur le terrain. Nous exhortons le secrétaire d’État à prendre également en considération nos droits bafoués », renchérit-il.
« Nous exigeons que les États-Unis obligent le gouvernement congolais à cesser immédiatement l’usage régulier, indiscriminé et disproportionné des avions de chasse et drones contre les villages civils de Minembwe, Mikenke, Rugezi, Mikalati, Mitamba et Rurambo. Ces attaques ont causé la mort de civils, traumatisé des communautés entières et détruit la vie civile, en violation flagrante du droit humanitaire international », insiste-t-elle dans cette déclaration.

La communauté Banyamulenge exige également la levée immédiate et inconditionnelle du blocus humanitaire imposé exclusivement aux zones Banyamulenge.
« Refuser l’accès à la nourriture, aux médicaments et aux besoins essentiels constitue une forme de punition collective et une violation du droit international. Un corridor humanitaire inconditionnel doit être établi sans délai. Crimes ethniques, religieux et basés sur le genre », rappelle-t-elle.
Les Banyamulenge de Minembwe exhortent enfin le Département d’État des États-Unis, sous la direction du secrétaire Marco Rubio, à :
- réévaluer les investissements et le soutien américains au gouvernement congolais à la lumière des abus documentés ;
- exiger l’arrêt immédiat des bombardements aériens et du soutien aux milices, tout en soutenant des enquêtes internationales indépendantes ;
- garantir un accès humanitaire inconditionnel aux zones Banyamulenge.

