Quarante-huit heures après l’annonce par l’AFC/M23 d’un retrait unilatéral et conditionné d’Uvira, aucun mouvement significatif de troupes n’a été observé sur le terrain. Malgré les conditions évoquées par le mouvement politico-militaire, démilitarisation de la ville, protection des civils et surveillance du cessez-le-feu par une « force neutre », la situation militaire demeure inchangée.
Ce mercredi, à Uvira, la vie quotidienne se poursuit sans perturbation majeure. Les habitants vaquent librement à leurs occupations, dans un climat de calme apparent. Mais derrière cette normalité, l’incertitude domine. À ce stade, aucun calendrier précis n’a été communiqué pour le retrait annoncé, pas plus que l’ampleur réelle de ce désengagement, qui pourrait être total, partiel ou progressif.
L’annonce de l’AFC/M23 reste par ailleurs strictement limitée à la ville d’Uvira. Aucune clarification n’a été apportée concernant Makobola ni les autres localités conquises après le 10 décembre. Le mouvement pose en outre des conditions strictes, refusant toute réoccupation immédiate de la ville par les Forces armées de la RDC (FARDC) ou les groupes d’autodéfense Wazalendo.
La question centrale de la « force neutre » demeure floue. Aucun acteur n’a été formellement identifié pour assurer la démilitarisation et la surveillance du cessez-le-feu. La MONUSCO, absente du Sud-Kivu, est rejetée par l’AFC/M23, tandis que Kinshasa s’est toujours opposé à l’établissement d’une zone tampon.
Dans ce contexte, la mise en place d’un mécanisme sécuritaire crédible apparaît comme un processus long et complexe.
Sur le plan politique, aucune négociation formelle n’a encore débuté entre le gouvernement congolais et l’AFC/M23 sur les mesures sécuritaires transitoires, pourtant évoquées dans l’accord-cadre de Doha.
Le rôle concret des acteurs internationaux, notamment les États-Unis, le Qatar et l’Union africaine, dans la gestion de ce retrait reste également à définir.
Mardi, une manifestation d’une centaine d’habitants a été organisée à Uvira pour s’opposer au départ de l’AFC/M23. Les participants ont exprimé leur soutien au mouvement, dont sa présence à Uvira est considérée comme un ouf de soulagement face aux abus et tracasseries des Wazalendo.
À Kinshasa, le gouvernement adopte une ligne dure. Le ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a qualifié l’annonce de retrait de « diversion ». Il accuse l’AFC/M23 de chercher à masquer les violences attribuées au Rwanda dans l’Est de la RDC et exige l’application stricte des accords de Washington, ainsi que le retrait immédiat des troupes rwandaises du territoire congolais.
Dans un environnement régional marqué par l’implication de plusieurs forces de la sous-région, l’évolution de la situation à Uvira reste incertaine. Entre annonces politiques, conditions sécuritaires non définies et absence de mécanismes de mise en œuvre, le retrait promis du M23 demeure, pour l’heure, une déclaration sans traduction concrète sur le terrain.

