L’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) a vivement dénoncé, lundi, les propos du président Félix Tshisekedi qualifiant l’armée héritée à son arrivée au pouvoir d’« armée de clochards », tenus récemment devant la jeunesse de Kinshasa.
Pour l’organisation de contrôle citoyen, ces déclarations portent atteinte à la dignité des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), engagées sur plusieurs fronts face à l’offensive de la rébellion AFC/M23.
Dans un communiqué au ton sévère, l’ONG dirigée par Florimond Muteba estime que le chef de l’État, en sa qualité de commandant suprême, « ne peut en aucun cas se permettre de tenir de tels propos à l’égard de l’armée nationale ». Elle appelle au respect de « l’honneur, du sacrifice et de la mémoire des militaires tombés au combat au cours de trois décennies de conflits à l’Est du pays ».
Alors que la situation sécuritaire se dégrade, marquée par la chute successive de Goma, Bukavu et plus récemment Uvira, l’ODEP s’interroge sur le bilan de sept années de gouvernance.
« Même en admettant ces propos à titre d’hypothèse, la question demeure : qu’a fait le chef de l’État pour “déclochardiser” l’armée depuis son arrivée au pouvoir ? », interroge l’organisation.
L’ODEP pointe l’absence d’améliorations tangibles sur le terrain, dénonçant des « replis stratégiques sans contre-offensives », le maintien en fonction des responsables militaires malgré les défaites, ainsi que des détournements présumés de fonds destinés à la logistique des FARDC. « Rien ne prouve une quelconque avancée. Le pays continue de perdre des territoires », affirme le communiqué.
L’ONG met également en cause la gestion des finances publiques, évoquant un dépassement budgétaire massif à la Présidence de la République en 2024. Selon ses chiffres, l’institution aurait exécuté 221,6 % de son budget rectificatif, dans un contexte où la priorité nationale devrait être la sécurité et la rationalisation des dépenses de l’État.
Face à ce qu’elle qualifie de « bilan sécuritaire chaotique », l’ODEP questionne la volonté politique réelle de récupérer les territoires occupés et appelle le président Tshisekedi à « des décisions courageuses et efficaces » pour redresser la situation. « Il n’est jamais trop tard pour corriger le cap et garantir aux victimes et aux militaires le respect et la justice qu’ils méritent », conclut l’organisation.
Cette sortie de l’ODEP intervient alors que la pression s’intensifie sur les autorités congolaises, confrontées à une crise sécuritaire persistante et à une exigence croissante de redevabilité sur la conduite de la guerre et la gestion des ressources publiques.

