La République démocratique du Congo et le Rwanda s’apprêtent à franchir une étape diplomatique majeure ce jeudi 4 décembre, avec la signature d’un accord de paix présenté comme une voie de sortie à des décennies de violences dans l’Est congolais. Les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame doivent finaliser ce texte, négocié sous médiation américaine, dans un contexte marqué par une escalade des combats dans les Kivu et une contestation politique croissante.
Si Kinshasa et Kigali veulent afficher un tournant historique, l’Opposition congolaise reste sceptique et dénonce un processus biaisé. Pour Prince Epenge, porte-parole de Lamuka, « cet accord est déséquilibré et constitue une prime à Paul Kagame ». Il estime qu’« il faut le renégocier », en exigeant notamment le retrait total des forces rwandaises du territoire congolais avant toute signature.
Selon lui, « l’accord ne peut pas responsabiliser la RDC de neutraliser les FDLR, mais doit plutôt exiger un dialogue inter-rwandais et inter-congolais ». Il plaide aussi pour que le document inclue « des garanties de non-récidive de la part du Rwanda », avertissant qu’à défaut, « ce sera un précédent qui pourrait inspirer d’autres États voisins à tenter leur chance à leur tour ».
La tension militaire tempère l’optimisme diplomatique. À la veille de la signature, les combats s’intensifient dans plusieurs zones du Sud-Kivu, où les populations civiles sont les premières victimes. Le prix Nobel de la paix Denis Mukwege alerte : « la guerre s’intensifie dans les Kivu où la population subit une immense souffrance et meurt comme des mouches sous les bombes des belligérants, à l’instar de la situation qui prévaut à Kaziba, à Katogota ou à Kamanyola au Sud-Kivu ».
À Kaziba, la société civile rapporte plus de vingt civils tués, « y compris les femmes et les enfants », lors des attaques du 2 décembre. Le Dr Mukwege insiste : « il n’y aura pas de paix sans justice. Une enquête indépendante s’impose sans tarder pour traduire les responsables en justice et prévenir la répétition de ces atrocités commises sur les civils ».

Les inquiétudes sont partagées au-delà des frontières. Dans une déclaration conjointe, une cinquantaine d’organisations de la société civile rappellent que « les processus de Washington et de Doha ont permis de réunir gouvernement congolais, gouvernement rwandais et rebelles de l’AFC/M23. Pourtant, les multiples cessez-le-feu et les accords signés jusqu’ici n’ont pas amélioré la situation, la violence se poursuivant sur plusieurs fronts ».
Elles appellent les partenaires internationaux à agir de manière plus ferme : « Les États-Unis, le Qatar, l’Union africaine et l’ensemble de la communauté internationale devraient exercer une pression conséquente sur le président Félix Tshisekedi afin qu’il permette la convocation urgente d’un dialogue national véritablement inclusif, dans l’esprit du Pacte social prôné par les églises catholique et protestante ».
Un tel dialogue, affirment-elles, devra aboutir « sur des résolutions contraignantes pour toutes les parties » et ouvrir la voie à la réunification du pays, à la restauration de l’autorité de l’État, au désarmement et à la démobilisation des groupes armés, ainsi qu’aux réformes prioritaires et à l’organisation des prochaines élections générales.
Alors que les chefs d’État se retrouvent à Washington, l’accord qu’ils s’apprêtent à signer est attendu comme un signal d’apaisement. Mais sur le terrain, la réalité des violences et les doutes persistants sur ses garanties.

