À quelques jours d’une éventuelle rencontre à Washington entre Félix Tshisekedi et Paul Kagame, annoncée pour le 4 décembre, le climat politique et sécuritaire dans l’est de la RDC demeure explosif. Malgré le cessez-le-feu de l’accord-cadre signé à Doha, les affrontements se poursuivent entre l’AFC-M23 et les FARDC.
Dans ce contexte, le prix Nobel de la paix et gynécologue congolais Dr Denis Mukwege a publié le 29 novembre une déclaration datée du 25 novembre, dénonçant la nature et les objectifs réels des processus diplomatiques en cours.
« Depuis plus de 150 ans, l’histoire du Congo est façonnée par des puissances extérieures, souvent au mépris des aspirations de son peuple », rappelle Mukwege.
Il souligne que les initiatives de Washington et de Doha manquent de transparence, d’inclusion et n’attaquent pas les causes profondes du conflit. « À quand la fin d’accords négociés sans le peuple, illégitimes et incapables d’apporter une paix juste et durable ? » interroge-t-il.
Mukwege rappelle que seuls deux des huit protocoles de Doha ont été paraphés. Malgré cela, l’AFC-M23 a poursuivi son avancée militaire. « L’Accord-cadre de Doha n’offre ni mécanismes contraignants, ni calendrier précis, ni garanties de mise en œuvre. »
Il dénonce aussi la poursuite d’opérations offensives en violation du cessez-le-feu, citant notamment le massacre d’Irhambi/Katana (Kabare) où 22 civils ont été tués dans la nuit du 23 au 24 novembre.
Dans un ton particulièrement dur, Mukwege pointe une double responsabilité :
« Un gouvernement congolais dont les failles compromettent la souveraineté nationale ; un Rwanda déterminé, qui instrumentalise la question des FDLR et maintient des troupes sur le sol congolais en violation de la résolution 2773 du Conseil de sécurité. »

Il décrit la situation au Nord-Kivu et au Sud-Kivu comme « une annexion de fait », le Rwanda exerçant selon lui « une autorité illégale sur des zones congolaises ».
Mukwege accuse certains acteurs étrangers, politiques comme économiques, de favoriser la normalisation de cette occupation illégale. « Ces processus sont principalement motivés par des intérêts économiques et financiers étrangers. »
Il évoque notamment l’accès aux ressources minières comme moteur des initiatives diplomatiques actuelles.
Des non-événements diplomatiques
Pour le Nobel congolais, les accords de Washington et de Doha produisent davantage de communication politique que de résultats : « Des communications triomphales, mais aucune amélioration sur le terrain. »
Il dénonce aussi une stratégie du “talk and fight” menée par le M23/AFC, qui continue d’étendre son contrôle sur les Kivu.
Mukwege estime que toute solution durable doit commencer par le retrait des forces étrangères, le démantèlement des administrations parallèles, des sanctions fortes contre les acteurs de l’agression et l’inclusion des populations locales dans les processus de paix. « Aucun agenda géostratégique ne peut primer sur le droit du peuple congolais à la sécurité et à la souveraineté. »
Dans sa déclaration, Mukwege lance un appel direct au peuple congolais : « Tant que les intérêts économiques primeront sur les droits humains, aucune paix véritable ne pourra s’installer. Il est temps que les Congolaises et les Congolais réclament pleinement leurs droits et prennent en main leur destin. »

