L’organisation Médecins Sans Frontières (MSF) a alerté dans un communiqué sur l’aggravation de la crise humanitaire dans la cité de Bambo, en territoire de Rutshuru, dans la province du Nord-Kivu.
Selon MSF, Bambo fait face à une crise humanitaire qui s’aggrave rapidement. Le conflit en cours dans la zone a forcé des dizaines de milliers de personnes à fuir vers la ville.
« Les abris sont surpeuplés, le manque de nourriture s’intensifie et les services de santé, déjà saturés, peinent à répondre aux besoins. Médecins Sans Frontières (MSF) fournit chaque semaine des soins à environ 3 700 personnes, une hausse de 40 % de patients par rapport à la période précédant les récents déplacements, mais l’ampleur des besoins dépasse largement les capacités d’intervention actuelles », a déclaré MSF dans un communiqué.
Entre mai et juillet, le nombre de déplacés dans la ville a presque doublé, dépassant 51 000 personnes et représentant désormais plus de 80 % de la population de Bambo.
« Il est difficile de dormir, il y a trop de monde ici. Pour trouver à manger, nous allons dans les champs et demandons aux résidents des feuilles de manioc et des bananes trop mûres, mais on n’en trouve pas souvent. Les enfants ont tellement faim », raconte Kinoko.
L’instabilité persistante continue de provoquer des déplacements massifs dans le territoire de Rutshuru. Depuis le dernier appel de MSF sur le besoin de mobilisation humanitaire en juin, Bambo — l’une des plus grandes villes de la région — est tombée aux mains du groupe armé M23, toujours en conflit avec les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et les milices du Collectif des Mouvements pour le Changement (CMC).

« Je suis parti de chez moi à cause des échanges de tirs entre les M23 et les CMC dans notre village », explique Nsaku, un homme de 49 ans ayant fui Birambizo avec quatre membres de sa famille.
MSF est présente à Bambo depuis 2017. Elle est actuellement l’une des seules organisations médicales internationales apportant un soutien sanitaire aux populations déplacées. MSF prend en charge environ 3 700 personnes par semaine à l’hôpital général et dans les centres de santé de la ville et des environs, contre 2 400 patients par semaine avant les déplacements massifs.
Les services de prise en charge de la malnutrition affichent un taux d’occupation supérieur à 100 % depuis près d’un mois, des dizaines de victimes de violences sexuelles sont reçues chaque semaine, et de nombreux patients sont soignés pour des maladies diarrhéiques et des infections respiratoires.
Les cas de paludisme ont explosé depuis juillet, une seule clinique où MSF opère ayant déjà rapporté une moyenne de 341 cas par semaine au cours du mois dernier — un chiffre en constante augmentation. Cette hausse est en partie due à la réduction des financements humanitaires internationaux, notamment de l’USAID, qui a contraint le programme national de lutte contre le paludisme à suspendre ses activités dans la zone. À la suite de ces coupes budgétaires, les autorités locales ont également moins de ressources pour traiter la malnutrition, fournir des kits de prophylaxie post-exposition (PEP) en cas de violences sexuelles et soutenir les services de lutte contre la tuberculose et le VIH.
« Des interventions urgentes sont nécessaires non seulement dans le secteur médical, mais aussi dans des domaines essentiels comme l’eau, l’assainissement et l’hygiène, la distribution alimentaire et l’hébergement. Sans une action globale dans ces domaines, le risque d’épidémies continuera d’augmenter », alerte François Calas, chef des programmes MSF au Nord-Kivu. « Les équipes MSF continueront à fournir des soins médicaux vitaux à Bambo, mais nous ne pouvons pas, seuls, répondre à l’ensemble des besoins humanitaires croissants de cette communauté. Il est essentiel que d’autres partenaires se mobilisent pour éviter une catastrophe. »

