La ville de Goma, actuellement sous le contrôle des combattants du M23, continue de sombrer dans une insécurité persistante. Les attaques visant des civils ainsi que des acteurs de la société civile se multiplient et suscitent une profonde inquiétude.
Le dernier incident en date s’est produit dans la nuit du 3 au 4 mars 2025. La famille de la militante des droits de l’homme, Me Batupa Nahumba, résidant au quartier Himbi, a été prise pour cible par des hommes armés portant des treillis similaires à ceux des rebelles du M23. Selon des témoins, c’est aux environs d’une heure du matin que ces hommes lourdement armés ont fait irruption dans la maison. Les mêmes sources rapportent que les assaillants ont séquestré les occupants sans qu’aucune intervention ne soit enregistrée.
« Ils sont entrés dans la maison autour d’une heure du matin, prétextant être à la recherche de mon grand frère, connu pour son travail au sein de l’inspection de la police judiciaire ici à Goma. Ils m’ont torturé pour me faire avouer où il se trouvait, mais je leur ai dit que je n’en savais rien. Ensuite, trois hommes armés ont fouillé la maison avant de tomber sur mes filles et celle de mon frère, puis de commettre des actes abominables devant leurs petits frères », témoigne l’oncle de la victime.

Selon nos informations, ce n’est pas la première fois que la famille de cette activiste fait face à des menaces d’hommes armés. En janvier, avant la chute de Goma, une tentative d’assassinat visant son père avait été déjouée par l’équipe de sécurité postée à leur domicile, témoignent Germain Dunia.
Du côté de la LUCHA, ces attaques répétées contre les défenseurs des droits humains illustrent clairement la dégradation du climat sécuritaire dans la région.
« Nous condamnons ces violations à répétition contre les défenseurs des droits de l’homme dans notre région, en particulier celles ayant pris pour cible notre camarade Batupa Nahumba. Comment comprendre que des défenseurs soient considérés comme des belligérants alors qu’ils ne font que leur travail ? Les responsables du M23 doivent savoir que ces actes ne resteront pas impunis », a déclaré Espoir Muhinula, l’un des activistes de la LUCHA, lui aussi contraint de fuir la ville de Goma.

Depuis la fin du mois de janvier, les rebelles du M23, soutenus par des forces rwandaises, ont pris le contrôle de Goma et Bukavu, les deux principales villes du Nord et du Sud-Kivu, des provinces riches en ressources minières où les combats ont fait des milliers de morts et déplacé des centaines de milliers de personnes.
Dans une récente déclaration, la Rapporteuse spéciale des Nations unies sur la situation des défenseurs des droits humains, Mary Lawlor, a exprimé sa profonde préoccupation face aux « violations perpétrées contre les défenseurs des droits humains par les rebelles du M23 dans les zones qu’ils contrôlent ».
Pour rappel, cette nouvelle incursion survient deux semaines après l’assassinat d’un autre activiste et défenseur des droits humains, Me Raoul Yangika, au quartier Himbi, dans la ville de Goma. Me Aimercianne et Me Raoul ainsi que d’autres activistes travaillaient depuis janvier 2025 à la documentation des abus commis dans les zones sous contrôle de la rébellion. Depuis le lancement de ce projet, ces activistes faisaient constamment l’objet de menaces, selon leurs proches.

